5 avril : saint Vincent Ferrier

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Sanctorum, édition originale du XIXème siècle : Vincent, né le 23 février 1357, à Valence, en Espagne, de Guillaume Ferrier et Constance Miguel, personnes honorables et pieuses, fit de bonne heure de grands progrès dans la science et dans la vertu.


Elève de philosophie à douze ans, de théologie à quatorze, dominicain à dix-sept, docteur à vingt-huit, il se signala dans l’enseignement et plus encore dans la prédication.

A une époque où les moeurs étaient dissolues, il fut, jeune encore, souvent exposé par son ministère à des épreuves dont il sortit toujours vainqueur par la prière et la mortification. Un soir, en rentrant dans sa cellule, il y trouva une jeune femme d’une rare beauté, qui lui dit : “Je suis venue, ne pouvant résister à l’admiration que j’ai pour vous.” C’était en hiver, il y avait des charbons ardents dans un brasier ; Vincent les répand à terre, se met à genoux dessus et s’écrie : “Viens, malheureuse, viens si tu l’oses, éprouver si ce fu est aussi terrible que celui de l’enfer.” A ce spectacle, la tentatrice tombe à demi-morte, pleurant, sanglotant, demandant pardon. Sa conversion fut complète.

Le Pape d’Avignon, Benoît XIII, prit Vincent pour son confesseur, et le nomma maître du Sacré Palais. Le saint, affligé du schisme qui déchirait l’Eglise, consacra tous ses efforts à le faire cesser ; n’ayant pu y réussir, il tomba dans un profond découragement. Notre-Seigneur lui apparut pour le réconforter : il lui ordonna d’aller par toute l’Europe prêcher les vérités du Salut, moyen le plus efficace de contribuer à la pacification de l’Eglise. Vincent entreprit cette grande mission, après avoir obtenu de Benoît XIII les pouvoirs les plus étendus, pouvoirs confirmés plus tard par le concile de Constance et par le pape Martin V. Il parcourut la Catalogne, la Provence, le Dauphiné, la Savoie, la Lombardie, l’Allemagne, la Lorraine, la Flandre, l’Angleterre, l’Ecosse, l’Irlande, presque toutes les provinces de France et d’Espagne. Il voyagea toujours à pied, excepté dans les dernières années de sa vie ; alors, ne pouvant plus marcher, il alla sur un âne, imitant l’humilité du Sauveur des hommes. Il avait toujours le crucifix à la main, ou suspendu au cou, pour mieux conserver le souvenir de la passion de Jésus-Christ ; et il l’appelait sa grande Bible, parce que son coeur y trouvait le commentaire émouvant des vérités divines contenues dans les saintes Ecritures.

Pendant la plupart de ses sermons, l’immense auditoire frémissait d’émotion. Un jour, à Toulouse, prêchant su le jugement dernier, il cria, après saint Jérôme, d’une voix de tonnerre : “Morts, levez-vous et venez au jugement !” Les auditeurs furent frappés de terreur et plusieurs défaillirent. Il était souvent obligé de s’interrompre, pour laisser libre cours aux sanglots qui éclataient parmi l’innombrable multitude, agitée par le souffle de sa parole, comme les moissons par la tempête.

“Dieu, dit Louis Bertrand, autorisa la doctrine de Vincent Ferrier par tant de miracles, que, depuis les apôtres jusqu’à nos jours, il n’est point de saint qui en ait opéré davantage.” Il est permis de ranger parmi les prodiges les plus éclatants le succès inouï de ses prédications : il convertit dix-huit mille Maures, Turcs ou Sarrasins, vingt-cinq mille Juifs, quarante mille hérétiques ou schismatiques et un nombre incalculable d’hommes du peuple, presque aussi ignorants et aussi incultes, au point de vue chrétien, que des barbares et des idolâtres ; quant aux pécheurs qu’il retira du vice, on en évalue le nombre à plus de cent mille. Cet homme vraiment extraordinaire eut une par considérable dans la destinée des Etats comme dans celle de l’Eglise. Les rois le prenaient pour conseiller. Henri IV d’Angleterre l’envoya chercher sur un de ses vaisseaux, et le reçut avec les plus grands honneurs. Dans le Piémont, il convertit beaucoup de Vaudois et autres hérétiques qui troublaient le repos public. En réconciliant les Guelfes avec les Gibelins, il rendit la paix à la Lombardie. Il délivra la Suisse de sa superstition et même de l’idolâtrie, qui régnait encore, sous certaines formes, dans quelques endroits. Le feu de la division intestine consumait l’Aragon ; on ne pouvait s’accorder sur l’héritier de la couronne ; personne ne contribua plus que Vincent à éteindre cet incendie. Ferdinand de Castille lui dut en grande partie son élection. Ce conquérant des âmes volait de province en province, partout où il s’agissait d’étendre l’empire de la vérité sur les ruines de l’erreur. Il usa les derniers débris de sa santé chancelante à évangéliser la Bretagne. Comme on le voyait mourir, on lui conseilla l’air natal pour rétablir ses forces : il partit par obéissance. Un prodige l’arrêta lorsqu’il sortait de la ville de Vannes ; il dit aux religieux qui l’accompagnaient : “Rentrons, mes frères, Dieu veut que je meure ici.” En effet, il s’endormit dans le Seigneur, en présence de la duchesse Jeanne de France et de toutes les dames de sa cour, le mercredi 5 avril 1419.