7 mars : saint Thomas d’Aquin

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Sanctorum, édition originale du XIXème siècle : Thomas était fils de Landolphe, comte d’Aquin, neveu de l’empereur Frédéric Ier, et de Théodora, de la maison des Caraccioles, issus des princes normands des Deux-siciles.


Il naquit au château de la Roche-Sèche, en 1226, dans l’année qui vit saint François descendre au tombeau et saint Louis monter sur le trône.

A cinq ans, ses parents l’envoyèrent au Mont-µCassin commencer ses études. Etant venu au château de Loretto dans un temps de famine, ce saint enfant distribua des aumônes avec une telle ardeur de charité, que le souvenir en est encore vivant dans le pays. Agé de quatorze ans, il entra dans l’ordre de Saint-Dominique, à Naples. Ses frères s’y opposèrent, et l’arrêtèrent lorsqu’il s’enfuyait d’Italie en France. Il fut emprisonné dans le château paternel. Théodora employa, pour vaincre la constance de son fils, les prières et les larmes. “Ma mère, lui répondait Thomas, parce que j’aimerai Dieu davantage, vous aimerai-je moins?” Ses deux soeurs essayèrent elles aussi de lui inspirer l’amour du monde : ce fut lui qui leur inspira l’amour de Dieu. Ses frères eurent recours à une manoeuvre perfide : ils introduisirent dans ses appartements une jeune femme d’une grande beauté. Le saint, ne pouvant prendre la fuite, lève un regard au ciel, prend un tison allumé et chasse l’ennemi. Puis il tombe à genoux et remercie Dieu. Après deux ans, ses frères, recevant de l’empereur l’ordre de le mettre en liberté, le laissèrent s’évader. Une corbeille suspendue à une corde, et tenue seulement par les faibles mains de ses soeurs, le descendit au pied du donjon pendant la nuit. Les Dominicains, secrètement avertis, étaient là pour le recevoir. Il retourna à Naples, et fit sa profession l’année suivante (1243).

Envoyé à Rome, il vint de là en France avec Jean le Teutonique, général de l’ordre. Près de Paris, les deux voyageurs s’arrêtèrent sur une colline d’où l’on découvrait la grande cité. Le jeune religieux semblait ravi d’admiration ; son supérieur lui dit : “Frère Thomas, que donneriez-vous pour être le roi de cette capitale? – J’aimerais mieux, répondit-il, posséder le traité de saint Jean Chrysostome sur saint Matthieu.” Conduit à Cologne, il y étudia la philosophie et la théologie sous Albert le Grand. Il était rêveur, taciturne : ses condisciples l’appelaient par dérision le grand boeuf muet de Sicile. Mais un jour son illustre professeur l’obligea à soutenir une thèse contre lui, devant un public nombreux. Le génie de Thomas éclata dans toute sa puissance. Albert le Grand, heureux et fier pour son ordre et pour l’Eglise, s’écria : “Voilà celui que nous appelions un boeuf muet ; mais il poussera dans la science de tels mugissements, qu’ils retentiront dans le monde entier.”

Reçu docteur à Paris en 1257, ses leçons, ses prédications et ses écrits eurent un succès immense. Dans les difficultés qu’il rencontrait sur les passages de l’Ecriture sainte, il ajoutait le jeûne à la prière. A Naples, étant aux pieds de ce crucifix duquel il avait dit : “Voilà mon livre.”, il entendit cette parole : ” Tu as bien écrit pour moi, Thomas, quelle récompense veux-tu recevoir? – Nulle autre, Seigneur, que vous-même.” répondit-il.

Un jour que Thomas, le Docteur angélique, venait voir son ami Bonaventure, le docteur séraphique, il l’aperçut penché sur sa table solitaire, écrivant la vie de saint François d’Assise. Il n’entra pas. ” Laissons, dit-il à son compagnon, un saint écrire à la gloire d’un saint.”

Urbain IV, ayant résolu d’établir la Fête-Dieu, voulut que l’office en fût composé par les deux plus beaux génies du siècle : il en chargea Thomas et Bonaventure. Au jour fixé pour lire leurs compositions au Saint-Père, ils paraissent devant lui. “Commencez, frère Thomas,” dit Urbain IV. A mesure que le docteur angélique lisait, saint Bonaventure, touchait jusqu’aux larmes, déchirait sans bruit son manuscrit sous sa robe. Lorsque saint Thomas eut fini : “A votre tour, frère Bonaventure, dit le Pape. – Voici, très saint Père, ce qui reste de mon oeuvre,” répondit l’humble religieux en montrant les fragments épars sur le sol.

Le roi saint Louis aimait à le consulter et à l’avoir à sa cour. Un jour, pendant le dîner royal, Thomas, l’esprit absorbé par ses études, frappa un grand coup de poing sur la table en s’écriant : “Voilà un argument invincible contre les manichéens.” Le roi, loin d’en être blessé, ordonna qu’à l’instant, cet argument fût écrit.

Thomas se rendait de Naples au concile de Lyon, lorsqu’il tomba malade au monastère de Fossa-Nuova, où il expira le 7 mars 1274. Jean XXII canonisa en 1322, et Pie V déclara docteur de l’Eglise en 1567 l’auteur de la Somme théologique, le plus savant et le plus saint des savants.