A poil les intellos ! A la grand-messe de la fesse à l’air avec Spencer Tunick

dans Arts & Lettres & Chansons

Dans le registre esthétisation de la laideur, intellectualisation de l’inepte, normalisation du subversif, financiarisation de la misère, consubtantialisation du rien, spectacularisation du grotesque et hystérisation de la forme au dépens du contenu, qui sont comme chacun sait, les  caractéristiques de l’art dit contemporain, nous avons  les œuvres de Spencer Tunick.


Rédaction NSP
Nicole Esterolle

J’ai une collection d’environ 200 images de « tas » ou amoncellements de toutes sortes de choses (bonbons, parpaings, bidons, vêtements, chaussures, déchets divers, chaises, charbon, foin, pneus usagés, cailloux, canettes écrasées, pattes de crabes, peluches, cageots, liasses de billets de banque, terre, fumier, sacs de ciment, casseroles, bananes, gravats, sacs-poubelle, os d’animaux morts, etc ….)  qui sont autant d’œuvres de « plasticiens contemporains » reconnus sur la scène internationale de l’art financier à haut rendement spéculatif…Avec parmi ceux-ci, et dans le désordre, les incontournables Boltanski, Buren, Venet, Hirst, Mac Carthy, Kader Attia, Ai Weiwei, Sylvie Joly, Kawamata, Tayou, Hirschorn, Rondinone, Firmand, , Hattan, Firman, Messager, Scurti, Pagès Abdessemed, Mercier, etc.,  et sans oublier la veuve Yoko Ono, leur égérie à tous, qui se met à hurler des mélodies de Boulez dès qu’on la chatouille au bon endroit.

Et bien figurez-vous que je n’avais pas encore de photo de Spencer Tunick !

Le pourtant archi-internationalement connus des entasseurs- compacteurs, spécialisé dans l’amoncellement de corps humains vivants et dénudés… Impardonnable absence que je comble donc sans tarder avec l’ajout à ma collection de cette ébouristoufflante photographie d’enchevêtrement de corps humains nus, mâles et femelles, d’une harmonie et d’un équilibre architectural frôlant la perfection et  témoignant « d’une grande maîtrise de la lumière et d’un sens aigu de la composition », disent certains de ses admirateurs…qui n’ont cependant pas remarqué qu’il n’y avait aucun black dans le tas…Bravo la parité !
Imaginez maintenant que vous ayez cette photo, en 2 mètres de haut, au-dessus de la cheminée de votre salon … Pensez alors à l’effet produit sur vos amis profs de sciences humaines , ou sociologues décoloniaux, ou lecteurs des Inrockuptibles, ou insoumis indigénistes, ou psys intersectionnalistes  ou  collègues de bureau gaucho- duchampistes
…Une vraie tuerie ! Vous remontez d’un seul coup de cinq crans sur l’instrument de pesée de  votre importance dans la communauté des bobos culturolâtres.
Mais , si vous leur dites : « vous voyez les fesses situées à 40 cm du haut de la photo et à 73 cm du bord droit ?…et bien ce sont les miennes ! »  alors là, c’est carrément l’hébétude muette et la déglutition bloquée de trois minutes chez vos potes…suivi  d’ autant de temps d’expectorations,  de crachats divers et de hurlements d’invocation à Sainte Catherine Millet ou à Vernar Benêt.
Ce trauma visuel à prétention esthétique amène cependant à se poser de nombreuses questions à son sujet: comment est-il possible aujourd’hui de réunir plusieurs milliers de personnes acceptant de se mettre entièrement nues, de s’agglutiner et se renifler les uns aux autres, pour le seul bénéfice de recevoir un petit exemplaire dédicacé d’un artiste ? S’agit-il pour ces gens d’un acte militant de soutien au « plasticien » dans son action  pour « alerter sur le changement climatique », ou bien « protester contre la censure de Facebook »,  ou bien « faire l’éloge de la nudité, symbolisant l’impossible retour au jardin d’Eden », ou bien pour « briser les codes de l’intimité et de la pudeur bourgeoise » , ou bien pour « une célébration de l’ordinaire et un appel au vivre ensemble »… tel qu’il le proclame  lui-même ? (tout en empochant des montagnes d’argent avec la vente de ses photos par la  puissante financial-gallery internationale Ernst Hilger  de Vienne.)
Pour ma part, je crois que ce soutien pour ce genre de  « bonnes causes » très convenues,  n’est qu’un pauvre prétexte, qui ne suffit pas pour  expliquer au fond, cet ahurissant comportement moutonnier, dont l’effet visuel n’est pas sans rappeler celui des tas de poulets plumés que l’on a dû jeter suite à la grippe aviaire , ou bien des tas de cadavres découverts à la libération des camps nazis…Que ces horreurs  soient acceptées ou non par leurs victimes , tout cela reste pour moi dans l’ ordre des processus habituels d’extermination du sens et de l’humain. Mais dans le cas des intellos contemporainolâtres, que Tunick entasse répétitivement depuis des dizaine d’années par centaines dans tous les pays ,  l’anéantissement de soi et de sa propre humanité est accepté, réclamé, imploré, au point que l’artiste ne peut répondre à toutes les candidatures pour participer à  ces cérémonies de célébration du plaisir de l’ humiliation collective …qui n’est pas non plus sans rappeler certains rituels masochistes sectaires de sinistre mémoire…Une humiliation de bon aloi cependant puisqu’aucunement  entachée de quoi que ce soit de sexuel : les érections masculines étant immédiatement expulsées de la messe et condamnées à ne pas recevoir une photo dédicacée de l’artiste.

Quelles sont les raisons de la réussite de ce marketing de l’horreur ?

Quels sont les véritables  et profonds mécanismes d’un tel endoctrinement, ou assujettissement, ou instrumentalisation, ou décervelage collectif, car dire que ces gens y vont pour le fun, par snobisme et pour « en être », ne suffit pas pour comprendre le phénomène. D’où vient la puissance de ce totalitarisme insidieux qui fait que c’est l’élite dite cultivée et en principe douée d’une libre conscience, avec, comble du cocasse,  au moins 50% de cultureux insoumis ,  qui devient la victime la plus consentante docile et manipulable et la proie favorite de cette idéologie esthétique meurtrière.
Des  psycho – sociologues de bon aloi pourraient peut-être expliquer comment la « culture » en principe libératrice devient un instrument d’aliénation, de crétinisation  et de  déshumanisation. Malheureusement ces potentiels analyseurs du nihilisme mondain caractéristique de l’art dit contemporain, sont au goulag médiatique ou bien ostracisés par les réseaux universitaires bien-pensants.
Et Pierre Bourdieu n’en croirait pas ses yeux au vu de cette expression terrifiante de l’idéologie artistique actuelle des classes dominantes et serait encore plus éberlué de voir nos trois ou quatre vedettes  sociologues de l’art en être les complices en regardant ailleurs, ou, pourquoi, pas en participant en catimini à ces grandes messes de la fesse à l’air.