Asgardsrei, l’Europe musicale “nationale-socialiste”

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Le gouvernement ukrainien subventionne un festival de musique NSBM (National Socialist Black Metal) à Kiev, sa capitale, alors que les groupes qui s’y produisent sont traqués dans le reste de l’Europe. Ce soutien public depuis bientôt six ans ne semble pas inquiéter les gouvernements ni la Commission européenne. Il doit bien y avoir une raison.


Rédaction NSP
Thierry DeCruzy

Toujours à l’affut du coup médiatique, ni Bernard-Henri Lévy ni Raphaël Glücksmann ne sont intervenus. Au taquet dans la « lutte contre la haine », les sourcilleux médias ouest européens sont muets sur ce festival international. Rien non plus sur l’AFP. La France vient de rétablir l’emprisonnement et les lourdes amendes pour délit d’opinion, mais la billetterie de ce festival est accessible en ligne et l’on connaît l’efficacité des surveillants de la fachosphère. Même Haaretz l’a dénoncé, c’est dire si les professionnels savent, et se taisent. Isolée, Al Jazeera, l’agence qui relayait les communiqués de Ben Laden, est intervenue sur les réseaux sociaux avec 4 suppressions sur Facebook (Soldier SS of Evil, Whitelaw, Frakass et Frangar) à son palmarès. Dans ce festival on retrouve pourtant les groupes les plus extrêmes de ce courant. Même s’il n’était pas à l’édition 2019, on peut citer Varg Vikernes (Burzum) adulé pour avoir incendié une église historique en Suède. Le Black Metal s’inscrit dans les techniques de subversion de la jeunesse utilisées par le rock. On connaissait déjà les dénonciations des groupes satanistes au Hellfest, l’affaire du salut nazi en hurlant « white power » par le chanteur du groupe Down en 2016, la dissolution du Blood & Honor Hexagone à la demande du CRIF en 2019, mais à Kiev on entre dans une autre dimension.

Une boussole intellectuelle

A l’origine en 2012, ce festival était organisé en Russie par Alexey Levkin. Inculpé de double meurtre puis relâché, il s’est réfugié en Ukraine en 2015. Connu comme chanteur du groupe M8L8TH (les 8 remplacent les O de molot, marteau en russe, deux 8 signifiant Heil Hitler), Levkin est un des responsables de Wotanjugend et Militant Zone, des structures qui organisent des événements, gèrent un magasin et animent une propagande sur internet. Il est présenté comme jouant le rôle de « boussole intellectuelle ». Le site ne se contente pas de commercialiser des produits en ligne, il propose des conférences et des entretiens sur la politique, l’histoire, les religions païennes, la musique, … Dans l’imaginaire entretenu par ses intellectuels, l’origine de la race aryenne serait à trouver dans les steppes ukrainiennes.

Azov recrute

En décembre 2019, toute la scène musicale internationale la plus extrême était réunie au profit de l’Ukraine avec Stutthof (grec), Seigneur Voland et Baise Ma Hache (français), Wodulf (grec), Evil (brésilien), Kataxu et Selbstmord (polonais), Kroda et Svarga (ukrainiens), Goatmoon et Sielunviholline (finlandais), Frangar (italien), Blackdeath (russe), les Allemands étaient restés bloqués à leur frontière. « Le meilleur rassemblement mondial de nationalistes blancs » draine les plus excités des militants européens (à peine 1500) et permet de les enrôler pour soutenir la politique de l’Ukraine. En effet, le festival est organisé avec l’appui du mouvement Azov, organisation politique qui a un régiment dans la Garde nationale ukrainienne et doit recruter. Le vendredi, un club dépendant d’Azov propose un tournoi de MMA (arts martiaux mixtes), des combats de lutte libre autorisés en France seulement depuis février 2020. L’insécurité entretenue autour de ces événements dans toute l’Europe contraste avec le soutien officiel dont bénéficie le festival dans la capitale ukrainienne. L’objectif est pratique. En exploitant le mythe de la révolution armée, l’Ukraine fait la promo du régiment Azov. Il utilise des symboles et cultive une esthétique qui fascinent des militants ouest-européens élevés aux jouets non genrés et qui n’ont vu d’armes qu’au cinéma, peu leur importe qu’il soit équipé de fusils d’assaut Tavor fabriqués en Ukraine sous licence israélienne. Alors qu’en Europe, les armes sont interdites, en Ukraine, leurs camarades peuvent aller se battre sur le front du Donbass contre les séparatistes. « Cela nous aide bien sûr à développer et à renforcer notre base de fans internationale, notre base de soutien », explique Olena Semenyaka, secrétaire internationale de l’aile politique d’Azov.

Rock et svastika

Parmi les militants français qui s’affichent dans ce festival, certains se revendiquent du GUD, des Zouaves de Paris ou encore de Casapound. Ils font des milliers de kilomètres pour écouter ces groupes dans une démarche qui se veut politique, mais quel rapport entre le NSBM et la musique nationale-socialiste, si tant est qu’il existe ? Personne ne voudrait faire admettre que la musique Black Metal prend son inspiration dans les années 1930 ou 40. A l’époque, la jeunesse pratiquait le chant, sans amplification, juste accompagné à la guitare, l’harmonica ou l’accordéon, car la musique naturelle développe les liens communautaires tandis que la musique enregistrée les détruit.
L’étiquette NS vient des paroles. Ce n’est plus qu’une sorte d’incantation à des références qui n’ont plus de rapport avec le modèle historique. Tendre le bras ou arborer le svastika n’a jamais été le monopole du 3e Reich. Ces groupes sont plutôt les continuateurs de ceux qui ont fait usage de ce symbolisme dans le rock, les exemples abondent de Brian Jones à Iggy Pop, de David Bowie à Sid Vicious, pour ne citer que les plus connus. Où est le projet politique ? Il existe pourtant puisque ce festival est soutenu par le gouvernement ukrainien (gouvernement financé par l’Union européenne, encadré militairement par son allié US et ses alliés anglais, polonais, canadien, lithuanien, … et équipé d’armes conçues en Israël). Dans ces conditions, comment pourrait-il soutenir un parti prônant le national-socialisme ?

Nazisme et satanisme

A part des musiciens qui font des conférences sur des thèmes politiques ou paganistes, la boutique de l’organisation ne propose que des vêtements, comme n’importe quel fan club. Le militant n’est manifestement pas venu pour se former. En 2017, Peste Noire (KPN) présidait un échange sur le thème « Hitler : nazisme, folklore et traditions », son chanteur se revendique ouvertement du satanisme, marqueur ordinaire du courant Black Metal. En 2018, le thème de la conférence était « le paganisme nordique en tant que métaphysique », le chiffre de l’assistance semble confidentiel. L’Empire est passé maître dans l’art d’utiliser la musique pour contrôler les masses. Le folklore NS est l’appât, au final les militants NS servent des armes conçues en Israël et tirent sur les objectifs désignés par ceux qu’ils dénoncent dans leurs chansons. La puissance de séduction de ces musiques permet de surmonter ces contradictions. On comprend mieux pourquoi le festival peut prospérer, il permet de recruter dans toute l’Europe des effectifs que l’Ukraine peine à lever dans sa population, dont une partie a déjà fait sécession.
Ce travail de sape du gouvernement ukrainien obtient des résultats, avec la création d’une église autocéphale ukrainienne en 2018. Elle a été reconnue en 2019 par le Patriarcat œcuménique de Constantinople (Patriarche Bartholomée Ier), l’Église de Grèce (Archevêque Jérôme II d’Athènes) et le Patriarcat orthodoxe d’Alexandrie (Patriarche Théodore II). Cette nouvelle division dans l’orthodoxie ne peut que réjouir les activistes prônant le paganisme et le satanisme, alors qu’ils affaiblissent ainsi une des plus anciennes traditions spirituelles de l’Europe.

Trump et l’Intermarium

L’argumentaire du néo-bolchevisme a disparu, largement utilisé dans les premiers temps qui ont suivi le coup d’état de la révolution de Maïdan pour dénoncer les Ukrainiens pro-russes et leurs soutiens en Europe, il a été remplacé par un grand projet pan-européen. Organisateur de l’Asgardsrei, Alexeï Levkine est intervenu pour le Groupe d’assistance pour le développement de l’Intermarium, le projet pan-européen anglo-saxon regroupant les anciens pays de l’Est de la Baltique à la mer Noire. Essentiellement porté par les Polonais depuis l’entre-deux guerres (Piltzudski, Solidarnosc puis les frères Kaczynski), il a été repris en 2016 par Andriy Biletsky, député ukrainien, dirigeant du parti Corps national et fondateur du régiment Azov. Il rejoint l’Initiative des Trois mers (Baltique, Adriatique, mer Noire), politiquement plus avancée. Sa première réunion à Dubrovnic en août 2016 réunissait les représentants de 12 pays d’Europe centrale pour entendre le ministre des Affaires étrangères chinois et un ancien conseiller à la Sécurité nationale US. En 2017, le Président Trump participait au sommet pour dénoncer le projet du gazoduc Nord Stream 2. En 2018, Juncker, président de la Commission européenne, venait apporter le soutien de l’Europe.
Ces projets ont en commun de lutter contre l’influence russe, dans une moindre mesure allemande et opèrent une division de l’Europe en son centre, raisons expliquant la présence et les financements US et accessoirement le silence médiatique sur l’Asgardsrei. Par son pouvoir de séduction, la musique sert ainsi à repérer et identifier des militants dissidents pour les enrôler à soutenir, les armes à la main, des causes qu’ils combattent, désarmés, dans leur pays d’origine. Souvent sous-estimé, l’outil musical montre ainsi son importance stratégique.

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