Drépanocytose : fausse évaluation de l’immigration par les tests de dépistage

dans Réflexions & Histoire


La drépanocytose est une maladie génétique consécutive à une mutation simple portée par le chromosome 11, qui conduit à l’altération d’une chaîne β de l’hémoglobine (formation d’hémoglobine S) et induit une forme en faucille (d’où son nom) très caractéristique des hématies réduites à 1/3 de leur surface.


Rédaction NSP
Claude Timmerman

Il s’en suit une diminution des capacités de surface d’échanges allant jusqu’à 70% nuisible aux transports d’oxygène et aux oxydations cellulaires (respiration des tissus). Altérant les capacités physiques, notamment respiratoires et musculaires, sa détection a d’abord été recherchée chez les sportifs…

Transmission

La transmission obéit à la transmission génétique mendélienne classique d’un gène autosomal récessif… Toute personne hérite de deux gènes (un de la mère, un du père) et va synthétiser de l’Hémoglobine normale (HbA) si elle est chromosomiquement A/A (on dit homozygote).Inversement, une personne S/S qui a hérité de deux gènes anormaux et ne synthétise que de l’Hémoglobine mutée (HbS), l’hémoglobine anormale caractéristique de la drépanocytose.  Enfin, les personnes A/S sont celles qui ont reçu un gène de chaque sorte (on dit hétérozygote) et synthétise l’Hémiglobine normale A.

Présentant cependant une copie transmissible du gène muté, on dit que ce sont des porteurs sains.

Seules les personnes homozygotes autosomales récessives S/S sont donc malades. Si les deux parents sont porteurs (si un des deux gènes seulement est muté), la maladie n’est transmise que si le gène muté est hérité de chaque parent (un quart des cas) et l’enfant est porteur dans un cas sur deux et sain dans un cas sur quatre… Evidemment si l’un des deux parents seulement est porteur, les probabilités de transmission de la mutation sont alors divisées par deux et il n’y aura pas de descendants malades …

La maladie ne se déclare donc que si l’individu est homozygote S/S (s’il présente les deux gènes mutés) et se traduit par des retards de croissance et toutes sortes d’atteintes notamment cardiaques, vasculaires et respiratoires, articulaires, que nous ne détaillerons pas ici. Faute de dépistage et de traitement approprié, l’espérance de vie des personnes atteintes dépasse rarement quarante ans, souvent même beaucoup moins… En revanche, lorsque le sujet ne présente qu’un gène muté (hétérozygote – porteur sain), il développe un épaississement de la membrane des hématies qui s’oppose à la pénétration du Plasmodium, sporozoaire, parasite intra-hématies, agent du paludisme.

Autrement dit, et c’est un cas unique en génétique des populations, particulièrement célèbre, la drépanocytose est une mutation défavorable pour l’espèce qui lui confère en milieu paludéen en cas de garniture chromosomique hétérozygote un avantage sélectif très important, même si l’oxygénation tissulaire est quelque peu altérée, d’où une baisse de performances musculaires, (notamment sportives). Ainsi dans les zones paludéennes (Afrique de l’Ouest, Inde, Brésil, etc…) on peut observer jusqu’à 50% de porteurs sains de la mutation.

On comprend dans ces conditions que l’évolution du dépistage de la drépanocytose ait tenté certains observateurs, peu avertis, comme indicateur d’évaluation de l’accroissement des populations immigrées… Pourtant le filtre sélectif observé est indépendant de toute considération raciale : on retrouve la mutation en proportion notable partout où le paludisme est, ou a été, présent, que les populations soient noires, blanches ou sémites…  Et sa présence a été historiquement une véritable bénédiction pour les populations concernées ainsi globalement génétiquement protégées (sous forme de l’hétérozygote) ,donc maintenues en nombre dans les régions concernées! (On compte ainsi près de 40% de porteurs sains dans certaines zones du Sénégal.

Si le paludisme a effectivement aujourd’hui pratiquement disparu d’Europe (tant pis pour la bien pensance, mais il faut souligner que c’est Mussolini qui assécha les Marais Pontins, le dernier foyer majeur de paludisme du nord méditerranéen !) il est évident que l’avantage sélectif de la drépanocytose a disparu au fil des générations suivantes, mais le gène muté n’a pas disparu pour autant… Les populations concernées restent donc à un certain niveau « porteuses «  et certains sujets « atteints ». Ainsi nombre d’Ibériques, d’Italiens, de Sardes, de Corses (2%) mais surtout de Balkaniques et de Grecs sont encore des porteurs sains… De même pour nombre de Maghrébins…

Les esclaves, partis essentiellement d’Afrique de l’Ouest, ont naturellement transporté cette mutation aux Antilles et aux Amériques… On peut donc s’attendre même à la retrouver de nos jours même chez certains métis noirs, notamment au Mexique et au Brésil. On retrouve donc la mutation drépanocytaire chez toutes sortes de populations d’origines très diverses dont des migrants plus ou moins récents, certains, d’origine européenne, asiatique ou africaine, naturalisées françaises depuis parfois des siècles (tels les Antillais)… Mais à cela s’ajoute le problème des thalassémies.  Leur étude dépasse le cadre de cet exposé. Moins connues que la drépanocytose, des mutations aux effets analogues, affectant la structure de l’hémoglobine, sont réunies sous le nom de thalassémies.

Leur transmission est aussi de type génétique autosomal récessif et ses porteurs sains se voient également conférés une très forte résistance au paludisme. En matière de diagnostic on rassemble donc l’ensemble de ces affections sous le terme d’hémoglobinopathies. C’est cet ensemble d’affections, particulièrement présentes en zones initialement paludéennes, quelque peu disparates, qui font globalement l’objet du dépistage par analyse sanguine.  Des statistiques portant sur la drépanocytose faites à partir des chiffres qui découlent d’un tel dépistage manquent donc totalement de rigueur et ne peuvent être statistiquement significatifs: les échantillons de population estimés étant biaisés d’emblée par les cas de thalassémies, peu ou mal évalués…

L’analyse des pourcentages de dépistage des enfants dits “à risque”

Le dépistage des individus se développe d’autant plus que les individus issus des zones à risque (zone de paludisme endémique) sont mieux répertoriés et mieux suivis sanitairement… Selon l’AFDPH, (Association Française de Défense des Droits & de Protection des Personnes Handicapées), « ce dépistage ne concerne que les enfants à risque en raison de l’origine de leurs parents. Cette maladie touche essentiellement les enfants originaires des Antilles, d’Afrique noire mais aussi d’Afrique du Nord ». Certains analystes pleins de bonne volonté mais ayant visiblement des difficultés de compréhension sinon de lecture se sont précipités depuis des années sur les résultats publiés concernant la progression des dépistages régionaux pour, faute de disposer de statistiques migratoires officiellement interdites, en déduire qu’il s’agit de la proportion enregistrée d’enfants immigrés !

C’est ahurissant de bêtise, mais malheureusement cela continue de se colporter…

Pour ceux qui ne seraient pas convaincus le petit exemple suivant sera, nous l’espérons, éclairant :

Sur 10 000 naissances en moyenne enregistrés dans un département donné, on a recensé pour l’année n, 100 enfants issus de couples d’origine africaine jugés ” à risque “où l’on a pu réaliser alors des dépistages…  Si 30% de dépistage sont réalisés, cela ne veut absolument pas dire que 30% des naissances observées intéressent des nourrissons à risque d’origine immigrée mais que 30% des nourrissons jugés à risque ont pu être testés. (Dans cet exemple cela représenterait 3 000 naissances… et non pas… 100 !) L’année n+1, la situation étant comparable, on a pu réaliser 40 dépistages ce qui sera noté comme représentant 40% de dépistage (ce qui représente toujours 40% de 100 !)

On notera au passage que la proportion de dépistage a bien augmenté de plus de 10% !

C’est bien l’évolution de ce pourcentage des dépistages et non pas le nombre de naissances concernées (connu mais soigneusement occulté par les pouvoirs publics) qui figure sur la carte ci-dessous !

 

Cela ne traduit donc en rien le nombre effectif des naissances d’origine immigrée. On notera en sus que ce dépistage concerne aussi bien des européens que des asiatiques ou des africains, et aussi bien des membres de la communauté nationale naturalisés de longue date, que de immigrés récents légaux ou des éléments de l’immigration illégale !

Rigoureusement les chiffres sont donc totalement inutilisables pour tenter de chiffrer indirectement l’importance du phénomène migratoire (africain) et surtout de l’évaluer quantitativement. Paradoxalement, ces commentateurs se font a contrario complices des immigrationnistes trop heureux de pouvoir démontrer alors, en relevant cette absurdité d’interprétation statistique, l’incohérence pour ne pas dire l’inexistence supposée de la question de l’immigration notamment illégale…  Ce qui s’appelle prendre des verges pour se faire battre…

Le commentaire ci-dessous, est typique du contre sens statistique souligné: il ne s’agit pas de 69% de l’ensemble des nouveaux nés « considérés comme à risque » ! « Comment comprendre la carte : en Ile-de-France, en 2014, 69,06 % des nouveaux-nés ont été dépistés, car considérés comme « à risque ». En d’autres termes, en 2014, en Ile-de-France, 69,06% des nouveaux-nés avaient un ou deux parents « originaires des Antilles, d’Afrique noire mais aussi d’Afrique du Nord » essentiellement. » (sic !)

On oublie là en plus de comptabiliser les drépanocytaires européens et les porteurs de thalassémies ! C’est donc déjà une approche biaisée de l’échantillonnage, structurellement très imprécise.

Il suffit pourtant de lire l’intitulé de la carte proposée: il s’agit bien du pourcentage effectivement dépisté de l’échantillonnage des enfants « jugés à risque », ce qui n’a rien à voir, en terme de nombre ou en terme de pourcentage, avec l’effectif des naissances observées toutes choses égales par ailleurs! 

La question de l’immigration et de son évaluation, notamment pour l’immigration clandestine, est beaucoup trop grave pour se satisfaire de pareils bricolages !

Derniers articles Réflexions & Histoire

Tyrans d’Afrique

La chronique littéraire de Franck Abed : Tyrans d’Afrique de Vincent Hugeux, Les
Haut De Page

Le magazine Nous Sommes Partout a besoin de votre soutien afin de poursuivre son développement, de financer son hébergement, ses sources de documentation et explorer de nouvelles pistes de diffusion.

Vous pouvez nous faire un don en ligne.
ou
Adhérer à l'association des Amis de NSP.

Soutien par virement.
Les Amis de Nous Sommes Partout
IBAN : FR76 1350 7001 6231 1213 906
BIC : CCBPFRPPLIL

Nous comptons sur vous.