Du grand trac des CAC, des MAC, des FRAC, en faillite

dans Arts & Lettres & Chansons

Dans un entretien donné au Journal des arts par Sophie Legrandjacques, la présidente de la d.c.a  (Association française de développement des centres d’art contemporain ), une des innombrables « associations « ou « fédérations » dont le but est de se  soutenir entre elles et avec les  innombrables structures perfusées à l’argent public , maillant le territoire, vouées à la promotion et au rayonnement de l’art dit contemporain en France, nous découvrons que ces mêmes associations commencent  à « serrer  les fesses » devant la forte  probabilité de proches restrictions des allocations nourricières, et devant la fuite des publics.


Rédaction NSP
Nicole Esterolle

Un entretien surjouant donc l’optimisme (« 100 000 scolaires viennent voir nos expositions », de leur plein gré bien sûr  ), mais d’où suinte une certaine angoisse fin de règne… Un entretien  où la dame  ne lâche rien dans le déni de réalité et le délire hors-sol habituel : « Il faut poursuivre ce mouvement pour donner  un avenir durable aux centres d’art, ce merveilleux outil au service des artistes, des publics et des territoires ». Un vrai conte de fée ! Si ce n’est que les artistes sont ceux dont la conceptualo-bidularité est agréée par les inspecteurs du Ministère, que les publics sont cet étroit segment bobo-culturolâtre middle – class de la société, que les « territoires » sont ici une notion  purement fantasmée.
Compte tenu de la radicalité posturo- duchampo- installatoire et sociétalo-questionnatoire des propositions artistiques du « Grand Café » (notre photo de caisses )  que dirige à Saint-Nazaire Madame Legrandjacques, il n’est pas étonnant que celle-ci ait été choisie pour présider à ce développement des Centres d’art  Contemporain, à la consolidation de leur réseau, de leur entre-soi et de leur consanguinité dégénérative et faire en sorte que tous puissent obtenir le prestigieux label « Centre d’art contemporain d’intérêt national». Et pourquoi  pas « international » tant qu’on y est  et pour mieux marquer l’attention que l’on dit porter  aux  « territoires » provinciaux, voire « locaux ».

Le Palais de Tokyo en faillite

« Effervescent, audacieux, défricheur  et pionnier. Friche rebelle aux allures de Palais, anti-musée en métamorphose permanente, le Palais de Tokyo tient Paris en éveil depuis 2002. À la fois accessible et exigeant, généreux et pointu, chaleureux et radical, poétique et transgressif, il est un territoire d’apprentissage, d’expériences, d’émotions et de vie, un territoire d’où jaillit l’inattendu, etc ». Le conte de fée continue.
N’empêche qu’aujourd’hui ce bel écrin des élégances parisiennes part en vulgaire eau de boudin. Pour ce qui est du désastre moral, artistique, sociétal, humain, c’était déjà consommé. On le savait déjà. Mais aujourd’hui, il s’agit, comme pour parachever le tout, d’un désastre financier. On croyait l’abjection payante financièrement…et bien non ! Alors, à qui la faute ? à la crise sanitaire bien sûr! Alors, qui va payer pour sauver ce fleuron de la culture française ? Et bien ce sera la finance publique, bien sûr, avec une subvention exceptionnelle de 1,5 million d’euros.
Alors qu’il faut savoir :
– que la recette billetterie des visiteurs qui vont voir des expos telles que celle d’Anne Imhof  ou bien celle (historique) d’un artiste cherchant une aiguille dans un tas de foin (oui, ça s’est fait) est assez réduite dans le budget global.
– que l’économie de ce lieu tient donc principalement à sa capacité à servir de faire-valoir aux entreprises qui y organisent des évènements. Elles y renforcent leur communication en s’attachant des marqueurs de contemporanéité.
– que l’espace est déserté par les touristes étrangers ou provinciaux et que l’ambition internationale est plutôt ridicule, dans la mesure où l’on reste ici dans l’hexagono – hexagonal ou le parigo-parisien, branché culturolâtre évidemment. Une amie m’informe que : « Il n y a jamais personne au Palais de Tokyo. Quelques errants parfois y cherchent des toilettes, qui du reste y sont toujours très propres : ce qui atteste bien de la désertification du lieu. »
– Le 1,5 million d’aide “exceptionnelle” serait mieux employé à restaurer le jardin de sculptures, merveille de l’art déco et joyau de l’exposition universelle de 1937, les sculptures de ce « jardin » ayant été pour la plupart été dispersées en province et celles qui restent sont taguées ou cassées.
Arrogance et mépris pour le patrimoine: ce furoncle culturel a vraiment tout pour plaire et mérite bien quelque soutien d’Etat pour continuer à faire rayonner son pathos à l’international. Le Palais de Tokyo est néanmoins fier d’annoncer que son index égalité hommes-femmes lui donne la note de 87/100.
Question annexe: que va devenir le Biennale de Lyon si son coach est en faillite ?  Emma Lavigne la directrice du Palais, va-t-elle pouvoir en 2022 dépêcher son équipe de petits curators, apôtres radicalisés au duchampisme d’Etat, pour y prêcher le bon art en la bonne ville de Lyon ?
Dans quelques décennies, si tant est qu’elle survive à la pandémie mondiale d’imbécillité multiforme qui l’affecte aujourd’hui, dont l ‘ « art contemporain » est le symptôme le plus éloquent, l’humanité regardera assurément l’art dit contemporain de ce début de 21 ème siècle avec effroi et incrédulité.
Heureusement, ils pourront peut-être redécouvrir les images des œuvres présentées dans la Gazette de Nicole.