Eric Delcroix : ” Le droit pénal, en France et en Europe, revient aux errements de l’inquisition des consciences “

dans Arts & Lettres & Chansons

Eric Delcroix a été avocat au barreau de Paris de 1970 à 2007. Il a pris sa retraite en 2008, ne trouvant plus dans les générations montantes de magistrats les interlocuteurs indispensables pour la défense des libertés de conscience, de pensée et d’expression.
Il a combattu de longue date le délit d’opinion en allant soutenir les dissidents soviétiques, notamment Andréï Sakharov, à Moscou en 1973 et 1974. Il a été ensuite l’avocat historique du Pr Faurisson de 1978 à2007. Condamné lui-même en 1996 pour délit d’opinion en vertu de la loi Fabius-Gayssot, il s’est vu refuser le titre d’avocat honoraire. Dans son dernier ouvrage Droits, Conscience et Sentiments, il revient avec clairvoyance et de manière très accessible sur la déliquescence du système judiciaire contemporain.


NSP : Droit, Conscience et Sentiments est votre premier ouvrage depuis la sortie en 2005 du Manifeste libertin. Certains n’ont pas compris que vous faisiez référence à un courant de pensée et l’ont au contraire associé de manière réductrice au libertinage de moeurs. Pourriez-vous enfin trancher la question et expliquer à nos lecteurs ce que vous entendez par “libertinage d’esprit” ?

Eric Delcroix : Le libertinage intellectuel, est apparu à la Renaissance et a brillé dans la France du Grand siècle, il consiste à refuser toute inhibition morale quant au constat des réalités matérielles. Voyez Molière, qui en était adepte, dans le Tartuffe, quand il fait dire à Cléante : “C’est être libertin que d’avoir de bons yeux …” (Il est vrai que depuis le mot libertin a été dévoyé par ses détracteurs, aussi les italiens ont-ils inventé le mot non ambigu de libertinisme).

NSP : Vous n’êtes pas du genre à encenser la république, mais vous reconnaissez pourtant aux juristes des Lumières comme Bentham ou Beccaria d’avoir introduit en droit la notion de l’acte répréhensible en soi, acte qui nuit à l’ordre public, et non de l’acte répréhensible par ses intentions. Tout n’est donc pas à jeter dans les Lumières ?
Eric Delcroix : A l’inverse du détestable Clémenceau, qui disait que la Révolution était “un bloc“, je ne pense pas que les Lumières soient réductibles à un bloc insécable. Trop portées à l’individualisme, elles eurent cependant des aspects bénéfiques :

1°- Quant à l’esthétique de vie (abolition de la torture et des supplices atroces) ;
2°- Quant à l’application de la rationalité du droit (civil) romain au droit pénal moderne. Et là, l’individualisme devenait positif : qui souhaiterait le retour de la responsabilité criminelle clanique ou collective en droit pénal (appliquée par le TMI à Nuremberg) ? La Fontaine, autre libertin intellectuel, n’a-t-il pas condamné la responsabilité collective dans le Loup et l’agneau (“si ce n’est toi, c’est l’un des tiens“) ?

NSP : La morale a-t-elle selon vous sa place en droit ?

Eric Delcroix : Bien sûr, à condition qu’elle ne se confonde pas avec lui en en dénaturant l’objectivité et le sens de l’intérêt général. Il est clairement illégal et immoral de tuer, de violer ou de voler. Il est illégal de détenir certaines armes, mais ce n’est pas immoral …

NSP :  A la lecture de votre ouvrage, nous avons l’impression que les lois liberticides – Marchandeau, Pleben, Fabius, Gayssot – nous ont fait passer du siècle des Lumières au siècle des Ténèbres. Vivons-nous une nouvelle Inquisition juridique et intellectuelle?

Eric Delcroix : Oui. Le droit pénal, en France et en Europe, revient aux errements de l’inquisition des consciences (viol du for intérieur). L’intention passe de l’objectif (le coupable a-t-il voulu l’acte ?) au subjectif (pourquoi a-t-il voulu l’acte ?). Et cela joue tant en droit pénal qu’au-delà : voyez les testings, à l’américaine, qui visent à dévoiler l’arbitraire intime du sujet de droit, ce qui était jadis l’apanage du confesseur. Pour les Lumières, comme le constatait Hegel, l’intention subjective ne pouvait être invoquée qu’en faveur de l’accusé sollicitant sa “part de grâce” du juge. Au nom des Lumières, nous devons revendiquer le droit d’emmerder, au tréfonds de nos âmes, les juges, la morale et la LICRA !

NSP :  Vous avez défendu des personnages, selon vos détracteurs, “indéfendables”, ce qui est paradoxal puisque le rôle d’un avocat est bien de défendre l’indéfendable. Vous avez même pour cela subi les foudres de la justice. Que diriez-vous à un jeune avocat qui souhaiterait défendre “l’indéfendable”, un Ryssen, un Soral, un Dieudonné dans une logique de droit et non sous une douche de moraline?

Eric Delcroix : Plaidez en rupture ! Invoquez le libertinage et les Lumières. Rappelez que le contraire de l’odieux Etat de droit, objet d’importation porteur du moralisme mondialiste, ce fut l’Etat républicain ! Et que même les restaurations monarchiques, en France et dans le domaine du droit, n’abrogèrent pas …

NSP : A vous lire, n’avons-nous pas l’impression que c’est l’introduction en droit des sentiments la “haine” ou l'”amour” qui est responsable de la descente aux enfers de l’Occident? Vous avez été l’un des précurseurs de la lutte contre le marxisme sur le territoire même de l’U.R.S.S. Chaque jour qui passe ne nous démontre-t-il pas que nous sommes face à une bolchévisation des esprits et de notre mode de vie ?

Eric Delcroix : Oui, les concepts moraux de haine et d’amour mettent fin au droit objectif et protecteur. Je sais notre droit ; je sais nos moeurs. Je ne sais ni ne veux prétendre au Bien et au Mal. Je fais du droit. Pas de la métaphysique ! L’égalitarisme, qui préside à l’ordre moral anti-discriminatoire qui nous écrase, c’est effectivement le communisme plus la Bourse.

NSP :  A la fin de votre ouvrage, vous rendez un hommage appuyé à Pierre-Antoine Cousteau, “PAC” pour les amis, condamné à mort en 1945 pour faits de collaboration , gracié en 1953 et qui fut l’un des plus grands journalistes du XXème siècle en particulier à la rédaction de Je Suis Partout. PAC qui écrivait: “Chaque fois qu’une loi est inspirée par la MORALE ( et non par la modeste ambition de limiter les dégâts) elle provoque des désordres incomparablement plus effroyables que le libre exercice du vice qu’elle prétend supprimer.” A lire ces lignes si actuelles, peut-on dire qu’à notre époque, la MORALE est devenue le Mal absolu?

Eric Delcroix : Non, si la morale reste à sa place comme naguère, celle de l’honneur ; oui, maintenant qu’elle prétend procéder du Bien. Le Bien, qui a débarqué sur les plages de Normandie le 6 juin 1944, nous détruit et détruit toute société, avec son puritanisme, source intarissable de moraline corrosive. La folie LGBT, les woke et cancel cultur en sont les derniers avatars. Tout ça c’est au nom du Bien, tout ça c’est au nom de l’Amour (cf. “les vertus chrétiennes devenues folles“, selon Chesterton).


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