Google et Apple s’associent pour une surveillance de masse

dans Tour d'horizon

Les situations de crise représentent pour certains, des occasions privilégiées de renforcer encore la surveillance généralisée des populations. Pour d’autres ce serait plutôt l’occasion de réaliser de bonnes affaires. Dans le but déclaré de ralentir l’épidémie du Covid-19, le Contrôleur européen de protection des données a ouvertement appelé les États-membres à mettre au point dans les meilleurs délais une application mobile européenne destinée au traçage des malades porteurs du virus.


Arnaud Raffard de Brienne

Pour Google et Apple, deux poids-lourds américains du numérique, membres du tout-puissant groupe restreint des GAFAM – Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft – c’est de business qu’il s’agit et ils se sont aussitôt déclarés sur le point de mettre en œuvre « Contact tracing » une application de traçage des personnes infectées par le Covid-19.
Disponible fin mai, l’outil sera capable de géolocaliser et suivre un nombre illimité d’individus porteurs d’un smartphone, sous réserve qu’ils aient simplement activé la fonction localisation. Joignant la preuve à l’intention, Google vient très opportunément de publier « Community Mobility Reports
 », une analyse très poussée sur l’impact du confinement et ses conséquences sur la mobilité des habitants de 131 pays. Un rapport d’une précision aussi époustouflante qu’inquiétante.

Google chantre de la vie privée ?


Après avoir émis des réserves fin mars sur la mise en œuvre d’un pareil dispositif de suivi, la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL), égale à elle-même, se déclare finalement favorable à l’application, à la condition qu’elle repose sur un consentement libre et éclairé des citoyens et demeure facultative, ce qu’elle sera vraisemblablement dans un premier temps.
Mais sans doute dans un premier temps seulement. Après le test de grande ampleur sur le degré de soumission de peuples astreints à une mesure inédite de confinement, la France s’apprête donc à géolocaliser sa population et à en tracer les membres. L’institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM), dirigé jusqu’en juillet 2018 par Yves Lévy, époux à la ville d’une certaine Agnès Buzyn, ne parvient pas davantage à rassurer lorsqu’il explique que l’utilisation des données téléphoniques sera « probablement » anonyme.
Gageons que cette mesure de surveillance, inimaginable en temps normal, emportera l’assentiment d’une bonne partie de nos concitoyens prêts à toutes les soumissions et à l’abdication de leurs libertés résiduelles en échange d’une hypothétique sécurité et de la promesse d’une relative tranquillité.
Malgré ses incantations et appels répétés au respect de la vie privée et à la confidentialité, comment faire confiance à Google dont l’empire hégémonique repose précisément sur la collecte, le traitement, le classement et l’analyse de données massives collectées dans le monde entier ? Chacun peut, pour s’en convaincre, consulter l’historique de ses déplacements car Google mémorise nos trajets quotidiens, nos voyages, les endroits fréquentés avec régularité, les heures d’arrivée et départ, le moyen de transport utilisé, les arrêts et changements… Sans parler de nos recherches sur internet, nos goûts, nos préférences, nos loisirs. Quant à Apple, le célèbre fabriquant à la pomme de terminaux numériques, PC, smartphones, tablettes, en dépit de sa résistance durable et de son refus de livrer à l’administration américaine et notamment aux services de renseignements les clefs d’accès à ses smartphones, il est vraisemblable qu’il ne puisse leur empêcher l’accès aux informations et documents stockés en ligne (cloud) et aux données bancaires.
Son association opportuniste avec Google ne présage rien de fameux pour les libertés individuelles. Enfin, en ce qui concerne les grands opérateurs de téléphonie et fournisseurs d’accès internet, voici des années qu’il leur est loisible de suivre le moindre de nos déplacements et d’écouter nos conversations comme notre environnement. Il y a quelques années déjà, le dirigeant du plus important opérateur français et téléphonie et d’internet avouait, dans une émission télévisée, à une heure de grande écoute, qu’il suffit aux services autorisés de disposer d’un code à quatre chiffres pour transformer n’importe quel téléphone portable ou smartphone en micro d’ambiance. Leur soumission et bienveillance à l’égard des services de renseignement auxquels ils ne peuvent rien refuser, n’est plus à démontrer. Le seul moyen d’échapper à cette surveillance électronique consiste à laisser chez soi son téléphone tant que pareille audace demeurera tolérée.
Le sera-t-elle longtemps lorsque l’on sait qu’à Moscou et dans ses environs, par exemple, douze millions d’habitants se sont vus contraints d’installer sur leurs smartphones une application de tracking destinée à pister leurs moindres déplacements ?
L’étau se resserre.
Edward Snowden, le célèbre lanceur d’alerte américain réfugié en Russie après avoir dénoncé la surveillance mondiale pratiquée par la National Security Agency (NSA) à laquelle il avait largement œuvré avant de délivrer au monde ses révélations, ne croit pas un instant à l’aspect temporaire de ces mesures de surveillance édictées au prétexte d’une lutte contre la pandémie, persuadé de plus qu’il y aura toujours une mauvaise raison – terrorisme, insécurité, santé – de maintenir les dispositifs de surveillance les plus intrusifs qui soient. L’homme qui s’est lui-même trouvé au cœur des services américains de surveillance et de mise sur écoute planétaire, résume la situation en affirmant que non seulement les données collectées seront bien entendu conservées mais que ce qui se prépare en ce moment constitue « l’architecture de l’oppression ». On ne peut être plus clair.

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