Jeanne d’Arc par Valérie Toureille

dans Réflexions & Histoire

Valérie Toureille, professeur d’histoire du Moyen Age à Cergy-Paris Université a consacré plusieurs livres à la violence et à la société pendant la guerre de Cent Ans. Son dernier ouvrage intitulé sobrement Jeanne d’Arc revient sur le parcours exceptionnel et dramatique de cette héroïne venue des marches de Lorraine.


Rédaction NSP
Franck ABED

Beaucoup de choses sont dites et écrites sur Jeanne d’Arc depuis plusieurs décennies.  Par conséquent, il n’est pas étonnant que Toureille commence son étude en soulevant une question importante : « Pourquoi écrire un nouvel ouvrage sur Jeanne d’Arc, alors qu’il en existe tant ? » Elle donne sa réponse qui nous permet également de comprendre sa méthode de travail : « Si la question est légitime, la réponse l’est tout autant, j’ai eu le privilège d’explorer, pendant plusieurs années, des fonds d’archives qui ne l’avaient pas été jusque-là et qui m’ont immergé dans l’univers immédiat de la jeune femme ».
L’auteur reconnaît volontiers que « le personnage de Jeanne est difficile à traiter et a rebuté nombre d’historiens, car son parcours peut s’interpréter de façon différente selon que l’on prête foi ou non au caractère divin de sa mission. Ses contemporains ont d’ailleurs connu la même difficulté ». Toureille écrit que son « propos n’est pas de suggérer un choix, mais d’insérer son épopée dans son environnement. Le XVème siècle nous est, d’une certaine façon, très proche et très éloigné. Il faut donc, pour l’aborder, en accepter les mystères ».
De fait, avant de travailler sur Jeanne d’Arc, Toureille a étudié un autre sujet majeur comme elle l’explique dans son introduction : « En m’attachant à analyser les lendemains du désastre d’Azincourt, celui de la résistance populaire à l’occupation anglaise, qui marque l’intrusion dans l’imaginaire de la France d’une conception nationale du royaume. Sans ce sursaut, jamais sans doute la démarche de Jeanne n’aurait pu trouver d’écho dans l’enclave française de Vaucouleurs ».
Elle précise une idée fondamentale qui décrypte les mentalités de l’époque : « La guerre conduite par la chevalerie n’était pas celle que menaient les gens du peuple. Les nobles combattaient pour la gloire, le beau fait d’armes, ou la fidélité ; les femmes et les hommes du commun s’engageaient pour une cause plus conceptuelle, que nous pourrions qualifier de patriotique si ce terme ne constituait pas un anachronisme ». Nous pouvons cependant considérer comme certain que plusieurs chevaliers se battaient quand même pour le Roi de France, pour leurs terres et que les Anglois n’étaient guère appréciés…
Ceci étant dit, l’auteur estime que les documents d’archives restent nombreux « contrairement à une idée commune qui prétend que tout a été lu. Il en demeure encore dans les fonds d’archives et même aux Archives nationales, trop en tout état de cause pour la petite cohorte de spécialistes capables de les lire ou les relire ». Elle poursuit en expliquant que « la recherche historique, à rebours de ce que l’on pense parfois, commence toujours par un travail de détective. Elle se mène comme une enquête criminelle. Il faut trouver des preuves et des témoins, et exploiter au mieux le contexte des faits. Rien n’est plus dangereux, dans ce métier, que l’anachronisme, qui consiste à projeter sur une affaire ancienne les a priori du moment ou, pis, à tenter de démontrer par un exemple du passé une thèse qui ne concerne que le présent ». Toureille a parfaitement raison sur ce point. L’erreur qui consiste à occulter le contexte reste malheureusement très commune quand certains abordent le passé. Cette curieuse manière apporte plus de confusions que de clarté…
Elle ajoute que « paradoxalement, le principal obstacle à l’étude de Jeanne d’Arc n’est pas l’absence de sources mais leur profusion. La synthèse est dans ces conditions plus difficile à réaliser et elle suppose des choix ». Par définition, choisir signifie éliminer ou exclure. Toureille revient sur les difficultés rencontrées dans ses recherches : « Beaucoup de ces sources peuvent être interprétées, car les témoins s’exprimaient en latin ou dans un français aujourd’hui malaisé à saisir et leurs propos sont parfois difficiles à retrouver dès lors qu’ils ont été transcrits de l’oral à l’écrit ».
Toureille raconte Jeanne d’Arc en écartant les légendes, les anecdotes qui ne reposent sur rien de probant, tout en la replaçant au milieu des siens et de ceux l’ayant accompagnée dans ses différents combats. Nous écrivons combats au pluriel, car avant d’affronter l’envahisseur à Orléans ou à Compiègne, elle dut littéralement se battre pour voir Charles VII. Une fois la rencontre établie, il fallait le convaincre ainsi que ses conseillers de lui confier une armée pour « bouter les Anglais hors du royaume ». La partie était vraiment loin d’être gagnée…
De son enfance au bûcher de Rouen, nous suivons Jeanne pas à pas. Le talent de l’auteur nous plonge au cœur de cette vie extraordinaire – semée de multiples embûches – qui continue de marquer la France et les Français. Effectivement, Jeanne d’Arc entre dans l’Histoire en 1429 et meurt brûlée vive en 1431 après un procès qui s’est déroulé dans un contexte très particulier, comme le rappelle avec pédagogie Toureille. Réhabilitée en 1456 par l’Eglise, la Patronne secondaire de la France continue à intéresser les chercheurs de Vérité. Ce livre offre la possibilité de la (re)découvrir, loin des fantaisies et des fantasmes véhiculés par certaines écoles de pensées qui se moquent allègrement de la recherche historique…

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