La France en queue de l’OCDE pour l’enseignement scientifique

dans Tour d'horizon

Tel est le fruit d’une lutte idéologique acharnée de cinquante ans contre la diffusion de la connaissance par le « pédagogisme » et la suppression de l’évaluation et de la sanction des acquis scolaires.


Rédaction NSP
Claude Timmerman

Au début des années 60, la France pouvait s’enorgueillir de faite partie du peloton de tête des pays aux écoles et aux universités les plus prestigieuses.
Un élève de collège ou de lycée d’une classe donnée était connu comme ayant deux niveaux d’avance sur son homologue anglais ou américain : ainsi, un élève de 4eme dont les parents s’installaient en pays anglo-saxon était automatiquement placé, et généralement sans problème, dans une classe équivalente à la seconde dans leur système… Soixante ans plus tard, l’élève français sera admis aujourd’hui dans la classe de niveau équivalent, uniquement après examen de contrôle !
Ce raccourci saisissant montre l’affaiblissement comparatif du niveau d’instruction en France en deux générations.
Par ailleurs les élèves passaient le bac (le second, il y en avait alors deux) entre 16 et 17 ans …
Un élève qui passait son bac au-delà de cet âge n’avait aucune chance d’intégrer une classe préparatoire et de passer avec quelque succès les concours de recrutement des grandes écoles …
Aujourd’hui, les élèves passent le seul bac qui reste à 18 ans, voir 20 ans …
Le système était élitiste certes : les élèves étaient sélectionnés en fonction de leurs aptitudes, éliminés de cette filière dite « générale » à l’entrée en 6eme, puis à l’entrée en seconde, mais les recalés n’étaient pas des « laissés pour compte », orientés vers des filières professionnelles qui conduisaient à de réelles opportunités de carrières. Malheureusement, déjà à l’époque, un certain « parisianisme » – comme aurait dit Raymond Barre – conduisait à un réel mépris affiché du travail manuel et des filières professionnelles…
On a donc construit politiquement un  système supposé « valorisant » où l’on fabrique à la pelle des « laissés pour compte de l’université ».
En 1960, 80 710 candidats ont passé les épreuves du bac…  Dont 60% alors environ seulement de reçus !
Le bac était le diplôme sanctionnant un niveau effectif, atteint au terme des études secondaires, qui indiquait une aptitude aux études supérieures et son obtention était obligatoire pour l’entrée à l’université.
Les temps ont bien changé …
En 2018, on comptait 675 600 bacheliers, soit 79.9% d’une génération, dont 42% de bacs généraux, 16% de bacs technologiques et 22% de bacs pro…
En 2020, on comptera 95,7% de reçus! La Macronie est donc parvenue à tuer le baccalauréat.

 L’évolution idéologique et politique 

Dès le début des années soixante, sous l’influence croissante de l’idéologie marxisante égalitariste, le système éducatif fut remis en cause et…sera entériné par Charles de Gaulle…
Le radical Jean Berthoin, très proche de Mendès-France –  dans la droite ligne du rapport Langevin-Wallon qui le 19 juin 1946 préconisait la scolarité obligatoire jusqu’à l’âge de 18 ans – éleva son terme de 14 à 16 ans. Il institua en outre un cycle d’observation de deux ans obligatoire à l’issue de l’enseignement primaire, créa les collèges qui distribuaient un enseignement court et réforma l’examen du baccalauréat qu’il voulait (déjà !) absolument supprimer. Ministre ensuite d’Edgar Faure il s’appuya sur la FEN qui approuva cette mesure qui fut entérinée par la cinquième république naissante.
L’Ordonnance du 6 janvier 1959 a ainsi décidé que l’âge de fin de la scolarité obligatoire en France serait porté de 14 ans à 16 ans pour les enfants des deux sexes, français et étrangers, qui atteindront l’âge de six ans à compter du 1er janvier 1959.
Cette précision fait qu’elle ne sera pleinement effective pour tous qu’à partir de 1967.
Pour gérer l’augmentation du nombre d’élèves dans les écoles, son application fut ainsi étalée sur huit ans : rappelons que nous sommes en plein dans la scolarisation du baby-boom de l’après-guerre…

La mise en application de cette mesure va interférer dans la décennie avec deux évènements  majeurs :

  • La première vague d’immigration provenant d’Algérie puis des ex colonies d’Afrique Noire lors de l’accession à l’indépendance des pays
  • Mai 68

Ultérieurement (vers 73/75) le regroupement familial des immigrés mis en place par Valéry Giscard d’Estaing va favoriser l’entrée massive dans le système éducatif de nouveaux jeunes maghrébins. L’enseignement secondaire va alors se trouver touché par :

  • L’arrivée massive de ces populations allogènes généralement non francophones
  • L’arrivée massive des filles dans les filières lycéennes jusqu’au bac (beaucoup jusque-là s’arrêtaient avant)
  • La diffusion des théories démagogiques, égalitaristes et « pédagogistes » garantissant l’accessibilité à tous de l’Université
  • La création de nouvelles « filières bac » technologiques et professionnelles.

Résultat : en quarante ans si la population globale s’est accrue de 34% (passant de 40 millions à 60,5 millions), le nombre de bacheliers a été multiplié par plus de !
Toute la question est alors :   « Dans quelle perspective et pour quel devenir » ?

L’idéologie soixante-huitarde « pédagogiste » ou la mort de l’élite intellectuelle

Cette idéologie voulant que les études universitaires soient  ouvertes à tous impose que le bac soit un examen accessible à tous et donc réussi par tout le monde.
Pour ce faire, il suffira donc de ramener l’enseignement et le niveau exigé à la compréhension des élèves les moins doués intellectuellement. (Entendons-nous bien : nous parlons ici de capacités individuelles, en aucun cas de milieu social !)
Chacun s’accorde pourtant à reconnaître que la sélection la plus drastique est nécessaire dans le domaine sportif où les meilleurs sont les seuls retenus au fil des compétitions…
Mais si la disparité physique est admise comme une évidence et toujours glorifiée, la disparité intellectuelle – aussi évidente soit-elle – est stigmatisée : c’est un tabou qui doit absolument disparaître.
C’est le but du « pédagogisme » qui, sous couvert de rendre l’enseignement plus accessible, l’a transformé radicalement en en supprimant d’abord tout ce qui est susceptible d’être intellectuellement discriminant.
C’est le but  de l’encadrement idéologique imposé à la formation des enseignants institué par les IUFM
Créés en 1990 avec la double vocation de préparer aux concours de l’enseignement, et de former (ou formater ?) les professeurs stagiaires, ils ont tout de même subi de nombreuses critiques à cause de leur approche trop théorique de l’enseignement  gouvernée par un pédagogisme agressif au point que le contenu de la matière enseignée devienne secondaire  face à la « pédagogie » qui la concerne !
Après des réformes inopérantes à la fin des années 2000, ces IUFM sont supprimés en 2013 et les formations qu’ils assuraient passent sous l’égide des écoles supérieures du professorat et de l’éducation instituées dans chaque académie.
Si le contenu de l’enseignement n’y a plus la place prépondérante, ces instituts purement idéologiques s’attaquent aux capacités individuelles et à l’environnement familial propre de chaque enfant pour instaurer un enseignement égalitariste pour tous, remettant en cause :

  • La capacité d’apprentissage
  • La capacité d’abstraction
  • La culture traditionnelle familiale (balayée par la prise en main aujourd’hui de l’enfant dès 3 ans).

a) La capacité d’apprentissage :
Elle est battue d’emblée en brèche par la doxa des pédagogeux suivant  la formule : « l’élève doit être amené à retrouver les choses par lui-même et non pas en les apprenant par cœur. »
Ce faisant, la pédagogie moderne refuse la première et la plus simple incitation intellectuelle à laquelle peut être confronté l’enfant : ce qu’on lui montre ! (Que de temps perdu !)
Pire, cette idéologie va à l’encontre du développement intellectuel de l’enfant en ce qu’elle freine les possibilités immenses offertes par la plasticité cérébrale. (Voir les travaux de Kandel sur « l’habituation », et les conséquences positives de l’apprentissage sur le développement cérébral, et les études menées depuis sur la complexification des connections neuronales post natales liées durant les première années à l’apprentissage).
« Nous sommes ce que nous sommes en vertu de ce que nous apprenons et de ce dont nous nous souvenons. » Eric Kandel, À la recherche de la mémoire : Une nouvelle théorie de l’esprit, p. 19. Paris, Ed. O Jacob, 2007.
L’enfant n’étant plus stimulé par l’apprentissage dans la tranche d’âge où la plasticité cérébrale est la plus importante, on ne s’étonnera pas de voir des enfants arriver en 6eme totalement illettrés et surtout incapables d’apprendre à retenir quoi que cela soit…
Ils auront passé l’essentiel de leur scolarité du primaire à « s’épanouir et à exprimer leur créativité » (sic !).
En clair ils n’ont pas eu le temps d’apprendre à lire, à écrire et à compter, puisqu’ils auront passé leur scolarité primaire à gribouiller et à faire des travaux manuels….
Par ailleurs, les supports médiatiques nouveaux et la télévision conduisent les enfants à vivre dans le monde audio-visuel des écrans d’où l’écriture est absente et la lecture rarement sollicitée.

b) La capacité d’abstraction :
L’imagination est d’autant moins facilement perçue et admise par les enfants que les nouveaux modes médiatiques ont fait supplanter le support classique écrit (livre) qui incite à la représentation mentale imaginée, par l’image imposée à l’esprit par les photos, films et  vidéos… C’est donc la capacité d’imagination qui n’est plus stimulée: l’individu dispose d’une « livraison » toute faite, sans avoir besoin de faire le moindre effort intellectuel …
De la même façon la capacité d’abstraction n’est plus du tout sollicitée.
Or l’idée même d’abstraction est quelque chose d’étranger aux cultures sub-sahariennes.
Il s’en suit que les enfants immigrés issus de ces cultures sont particulièrement peu réceptifs aux concepts abstraits.
C’est là que dans un louable souci d’égalitarisme et de « lutte contre les discriminations » les programmes ont été modifiés de façon à en faire disparaître tout ce qui impliquait l’approche et l’usage de l’abstraction.
C’est ainsi que la géométrie a disparu des programmes de mathématiques  et que les programmes de physique ont été totalement refondus.
Et d’une façon générale la tendance est systématiquement  à « l’allègement des programmes » et à se débarrasser de tout ce qui est tant soit peu compliqué pour rendre ce qui reste de l’enseignement accessible à tous. [Je n’entends parler que d’allégement des programmes  depuis cinquante ans !]
C’est ainsi qu’en terminale S aujourd’hui on n’étudie plus ni la géométrie, ni les transformations, ni les coniques, que la trigonométrie est réduite à sa plus simple expression et que les démonstrations ne sont même plus rédigées !
En 1960, le cours de maths de terminale scientifique (maths elem à l’époque), était un manuel en 5 volumes ; aujourd’hui il tient en un fascicule.
Les pédagogeux prenant là leur air le plus important pour proclamer « Oui, mais les enfants apprennent d‘autres choses ». On n’en doute pas !
Mais c’est comme les « valeurs de la république » personne ne sait encore ce que cela recouvre…
En revanche, on voit tous les jours ce qu’ils ne savent pas, et surtout ce qu’ils ne savent plus !
Il ne faut pas s’étonner dans ces conditions de ce que les mesures de QI faites globalement sur des classes montrent une diminution sensible de 3 à 4 points…

c) La culture traditionnelle (familiale) immigrée
Le milieu familial est le premier milieu d’apports culturels.
C’est la raison pour laquelle l’idéologie maçonnique préconise d’arracher les enfants au milieu familial pour les confier le plus tôt possible aux hussards noirs de la république pour réaliser « l’élevage des jeunes républicains selon les normes » … d’un égalitarisme parfait !
C’est une question particulièrement sensible qui cumule toutes les disparités sociales, et qui se double aujourd’hui de la dualité rural / urbain, extrêmement clivantes.
La question immigrée a posé très tôt le problème de la langue française dans les fratries issues du regroupement familial. Cette immigration est extrêmement diverse même si l’apport maghrébin est particulièrement important.
La langue originelle de chacun étant la seule pratiquée à la maison, et souvent la seule connue des parents, elle est usuelle chez les enfants et constitue l’obstacle majeur à l’assimilation, ou même à l’intégration.
Il est évident que l’apprentissage de l’arabe ne résoudra absolument rien pour deux raisons majeures

  • Les populations concernées essentiellement maghrébines, ne sont pas arabophones mais ont des langues toutes liées à des dialectes d’essence berbère :
  • Les populations sub sahariennes constituent un ensemble linguistique très hétérogène qualifié de négro-africain selon la classification de Greenherg.

Des langues qui n’ont absolument rien à voir avec la linguistique arabe.
La langue arabe classique, la seule écrite, n’est pratiquement plus parlée par personne et peut s’entendre comme le fut le latin en occident au Moyen Age et jusqu’au XIXeme siècle…
Ce n’est donc pas une langue plus familière aux parents immigrés que le français et cela ne leur permettra donc pas « d’aider les enfants le soir à faire leurs devoirs »… d’arabe !
C’est donc une langue assez peu accessible, connue surtout par les musulmans comme langue religieuse, celle du coran et des prières.
L’incorporer à l’enseignement ne permettra donc en rien de faciliter la communication entre les divers groupes ethniques…
Il est donc clair qu’enseigner une langue non européenne – au dépens du français – ne sera pas le fait le  plus adaptée à comprendre la civilisation européenne et bénéficier de l’enseignement de sa culture.
Mais, les travaux de Wilhelm von Humblot, fondateur de la linguistique moderne, ont clairement montré que « ce n’est que dans la langue que la pensée peut prendre conscience d’elle-même »
C’est clairement une incitation à la création d’une culture d’intégration construite en opposition à l’assimilation qui ne peut déboucher que sur l’instauration d’un communautarisme global à l’heure ou la chasse au « séparatisme » occupe tous les esprits du microcosme politique.
Ce n’est pas avec l’enseignement de la langue arabe,  aussi ignorée des immigrés parents comme enfants, que l’on va reconstituer dans les banlieues l’image d’Epinal des « devoirs faits le soir sur la table de la cuisine sous la surveillance bienveillante des parents soucieux de transmettre leur savoir à leur progéniture».
Cette langue, étrangère partout à la vie familiale, va contribuer à conforter un communautarisme religieux musulman puisque que c’est le seul lien de ces gens avec la langue arabe : la langue de la prière et du coran.
A croire que nos politiques le font exprès !
Enseigner l’arabe ne sera donc jamais un facteur d’assimilation ou d’insertion en Occident dit encore chrétien!
On est confronté aujourd’hui  par l’immigration à un ensemble d’élèves d’origines ethnoculturelles disparates, peu préparés à assimiler la culture occidentale, et à y comprendre l’importance du travail, pour lesquels l’enseignement dispensé (ou ce qui en tient lieu) ne contribue en rien à gommer les fameuses discriminations dont ils seraient frappés, et dont ils sont considérés comme victimes.
Or s’il est un domaine où précisément la discrimination s’estompe c’est bien dans le cadre de l’accession de la connaissance et à travers l’enseignement qu’on peut le trouver !
La discrimination idéologique en vogue professant que ces élèves, « issus de la diversité », ne parviennent pas à la connaissance du fait d’un enseignement élitiste, trop abstrait, conduit à la ruine de l’enseignement et au mépris de ces élèves que l’on considère de fait comme incapables de suivre l’enseignement dispensé aux souchiens.
On notera au passage que cette discrimination axiomatique, mise en place politiquement dans le monde enseignant, ne concernait que les populations immigrées africaines à l’exclusion des populations immigrées asiatiques ou latino-américaines qui se débrouillaient apparemment très bien dans le contexte de l’enseignement français classique traditionnel.

« Acquis », « compétence », « attitude critique » : la trinité du pédagogisme

a) – Le charabia pédagogiste : un verbiage grotesque
Ce qui suit ne s’invente pas et constitue un excellent exemple de ce qu’est devenu le profil de l’enseignement :  « L’évaluation des acquis scolaires des élèves vise à améliorer l’efficacité des apprentissages en permettant à chaque élève d’identifier ses acquis et ses difficultés afin de pouvoir progresser. »
Traduisons pour les béotiens non pédagogeux que nous sommes : « Faire des contrôles permet de savoir où en est l’élève et de pointer les carences à lui faire combler.»
On avait compris l’importance de cela au moins depuis l’antiquité grecque, mais exposé par l’école des Mérieu (payés par nos impôts)  et en termes ainsi choisis,  «c’est tellement plus mieux » !
On ne s’en lasse pas : « La maîtrise des compétences du socle commun s’évalue désormais sur la base des connaissances et compétences fixées par les programmes d’enseignement, permettant une seule et même évaluation des acquis. Les attendus de fin de cycle précisés dans les programmes donnent aux équipes enseignantes, aux élèves et à leurs familles les repères nécessaires pour apprécier le degré d’acquisition des connaissances et des compétences ainsi que la progression de chaque élève au cours du cycle. »
Traduisons en français : « Les programmes scolaires fixent les sujets traités, année par année, (ils sont même faits pour cela et pour garantir le niveau d’enseignement comme l’unité de l’enseignement disposé sur l’ensemble du territoire national !) et servent de référence pour juger ce qu’a appris l’élève… »
C’est vrai qu’on n’y aurait pas pensé tout seul, si on ne nous l’avait pas si judicieusement précisé…
Et là où le bât blesse c’est que le contenu des programmes n’est pas forcément des plus clairs pour les non-initiés… Et cultive toujours un verbiage à peine croyable !
L’introduction du programme officiel de maths terminale S est un exemple symptomatique du genre :
Il ne place plus du tout la connaissance en préalable des préoccupations de l’enseignement !
Introduction et préambule : « Objectif général :Outre l’apport de nouvelles connaissances, le programme vise le développement des compétences suivantes :
• mettre en œuvre une recherche de façon autonome ;
• mener des raisonnements ;
• avoir une attitude critique vis-à-vis des résultats obtenus ;
• communiquer à l’écrit et à l’oral. »
On n’est pas plus « clair »…
[A la suite de la  « lecture » de ce programme, reprenant un enseignement de terminale S (pour lycée hors-contrat je vous rassure) je n’ai eu d’autre alternative que d’aller acheter, dans une librairie scolaire, un manuel « du jour » pour voir de quoi on parlait exactement, et surtout comment on en parlait et dans quelles limites…
Là j’ai été effaré par la somme des erreurs dans les exercices, des fautes qui émaillaient les textes (clairement ces manuscrits ne sont pas contrôlés avant impression) et même des absurdités de « certaines démonstrations »,  ce qui m’a amené, dans les deux ans qui ont suivis à rédiger, en suivant strictement les concepts figurant dans les programmes, un ensemble complet de manuels de maths pour les classes de lycée, toutes options, afin de remettre un peu de rigueur au milieu de cet incroyable bricolage…]

b) – Le fléau idéologique du « thématique » : bannissement de l’enseignement didactique
L’enseignement thématique a non seulement déstructuré l’approche, la présentation l’apprentissage, tant mathématique que scientifique, de la vision unitaire d’un fait ou d’un être pour le subordonner à ses propriétés – du moins à celles évoquées dans l’enseignement prodigué – envisagées, mais il a aussi supprimé la démarche de raisonnement qui s’y rattache.
A titre d’exemples :

En Biologie
Quand on va « étudier » – non seulement en primaire mais ensuite – les animaux, on évoque non des espèces mais des « fonctions ». Telles : La locomotion; Le saut, etc.
Il est parfaitement ringard (voir interdit ?) maintenant d’expliquer qu’un batracien a quatre pattes, et qu’un mammifère a en plus des mamelles, tandis que qu’un insecte a 6 pattes et des antennes, mais il est normal (et obligé selon les directives ministérielles) d’expliquer que s’ils sautent, tous sautent parce qu’ils ont une patte en Z…
On prendra donc en parallèle par exemple une sauterelle, une grenouille et un lapin…Vision d’ailleurs purement idéologique – associée à « l’évolution » et à la supposée « adaptation » qui s’y rapporte –  notions qui s’apparentent en outre à une escroquerie intellectuelle :

  • D’une part, parce que les mécanismes de détente associés au fameux Z ne sont en rien comparables du point de vue de la biomécanique et sont totalement différents dans leurs modalités d’expression suivant la position du Z en question par rapport aux segments  du corps, où rien n’est réellement analogue dans ces espèces.
  • D’autre part, parce que cette particularité du Z n’est pas gage de l’importance de l’effet expliqué : chacun peut constater (?)  – à taille et à poids égal – que le lapin saute forcément beaucoup plus haut et beaucoup plus loin que le chat puisque celui-ci n’a pas de patte en Z adaptée au saut…

En histoire, l’étude évènementielle est bannie


On « étudie » des thèmes globaux indépendamment du contexte chronologique. Ainsi on va étudier « les paysans au moyen Age » en oubliant que cette période qui s’étale sur pratiquement dix siècles (du Veme au XVeme)  n’est en rien homogène : des pays ont été individualisés, des structures sociétales apparaissent, les techniques changent, etc…
Du coup, le fil conducteur de l’enseignement reste essentiellement doctrinal sans aucun repère chronologique et sans raisonnement logique.
Aujourd’hui un micro trottoir (ou un jeu télévisé) suffit à comprendre que plus personne ou presque (pas même les nouveaux instituteurs !) ne maîtrise des notions de base…
Christophe, un des fondateurs de la bande dessinée, fait aujourd’hui, plus que d’humoriste, figure de visionnaire lorsqu’il fait évoquer par monsieur Fenouillard : « Jeanne d’Arc brûlée par la perfide Albion sur le rocher de Sainte Hélène ». (La Famille Fenouilllard – Christophe – ed. Arman Colin 1895)
Finalement c’est aussi désastreux en termes d’initiation à la rigueur, qu’en matière d’apport de généralités  dans les connaissances proposées: c’est une approche simplement relativiste !

c) La réalité n’est donc plus au cœur de l’enseignement, la rigueur non plus
La question n’est plus de dispenser une connaissance, que chacun peut d’ailleurs vérifier – mais d’imprimer dans les jeunes esprits en formation une vision de la connaissance conforme aux idéologies, où le propos développé sert d’exemple, ce qui amènera ultérieurement les élèves à y adhérer…
Une constatation qui n’est pas le moindre des paradoxes quand on évoque à tout bout de champ le « développement du sens critique » : il est clair qu’il y aura donc les domaines où il faudra le développer, mais d’autres plus dogmatiques où il faudra l’oublier à tout prix…
L’enseignement dispensé ne donne  plus d’ailleurs forcément l’assurance de la rigueur, même en mathématiques !
Il suffit de voir par exemple la définition « pédagogique » nouvelle de ce qu’est une fonction continue : « Une fonction est continue si on peut en tracer le graphe en une fois, sans lever le crayon » (sic !)
Sans rentrer dans des considérations trop difficiles à apprécier pour des non mathématiciens je rappellerai simplement que n’importe quel élève apprend dès la seconde que si entre deux nombres rationnels on peut intercaler un nombre infini de nombres rationnels, entre deux rationnels on peut intercaler un nombre infini de nombres réels….
Ainsi une fonction définie uniquement l’ensemble des rationnels sera par nature discontinue point par point dans le plan réel, mais « apparaîtra » continue puisque représentable par un trait sans « trous ».
Un professeur de l’université de Strasbourg relayait même, non sans humour,  la plaisanterie suivante : « Une fonction est continue si elle est inscrite au Bulletin Officiel » ???
« Ben oui ! Puisqu’en terminale on n’étudie que des fonctions continues et qu’elles figurent explicitement au Bulletin Officiel, on est fondé à affirmer que les fonctions étudiées en terminales sont continues   puisqu’elles sont inscrites au B.O… »
C.Q.F.D.

d) – L’attitude critique
Une vision « horizontale » de type thématique, est par contre indispensable à la recherche de la synthèse et c’est là qu’on exalte le développement du « sens critique ».
On arrive donc à cette absurdité pédagogique : demander à l’élève d’effectuer un travail de synthèse quand il a été privé des éléments didactiques lui permettant d’acquérir une connaissance suffisante pour élaborer une analyse, préalable indispensable à l’élaboration d’une synthèse cohérente et justifiable!
Non seulement ainsi, pédagogiquement, on raisonne à l’envers, mais on formate les élèves à le faire !
Les épreuves de bac de physique, chimie et plus encore de biologie, regorgent de sujets qui ne sont que des comptes rendus à effectuer de synthèses élémentaires de 2 à 4 textes fournis afin de répondre à des question simplistes dont les réponses sont mêmes souvent contenues dans le libellé même des questions…
La principale difficulté de ce type d’épreuve est d’ailleurs purement rédactionnelle : elle consiste à parvenir à répondre sans faire un plagiat du texte de la question et/ou sans trop paraphraser le contenu des documents fournis…
Les connaissances personnelles (quand elles existent), l’opportunité et la capacité de l’élève à les exploiter et à les mettre en valeur à travers un sujet sont donc très peu prises en compte…
Pire que cela, ces sujets du baccalauréat le montrent, on voit aujourd’hui que les sujets s’appuient sur des « documents » qui ne sont, très majoritairement, que des fragments d’articles de journaux ou de revues.
C’est un moyen insidieux de faire passer un nouveau message officiel, le plus dramatique en matière de formation et de diffusion de la culture : c’est l’écrit médiateux qui est porteur de la connaissance !
Imaginer maintenant voir la connaissance transmise par Christian Barbier, Patrick Cohen, Eric Zemmour ou Cyril Hanouna, cela fait tout de même froid dans le dos !
En attendant Nagui ou Michel Cymès…
En sommes-nous si loin quand on voit ces ignares chroniques, que les auditeurs hélas idolâtrent ( !), commencer leurs laïus d’un air important en énonçant, avant de proférer une ineptie criante telle qu’ils en ont le secret: « Il faut savoir que… » ?

D) La vision idéologique du rôle de l’enseignement dans le conditionnement politique
Serge Carfantant, un enseignant de philosophie de khâgne,  a résumé l’instrumentalisation de l’enseignement pour la maîtrise des masses en reprenant des éléments déjà avancés dans  L’obsolescence de l’Homme  (Günter Anders) et Le meilleur des mondes  (Aldous Huxley).
Il a parfaitement exposé le rôle de l’instruction dans le formatage des individus et l’on constate que le pédagogisme y joue un rôle majeur !
« L’idéal serait de formater les individus dès la naissance en limitant leurs aptitudes biologiques innées. Ensuite, on poursuivrait le conditionnement en réduisant de manière drastique l’éducation, pour la ramener à une forme d’insertion professionnelle.  Un individu inculte n’a qu’un horizon de pensée limité et plus sa pensée est bornée à des préoccupations médiocres, moins il peut se révolter. Il faut faire en sorte que l’accès au savoir devienne de plus en plus difficile et élitiste. Que le fossé se creuse entre le peuple et la science, que l’information destinée au grand public soit anesthésiée de tout contenu à caractère subversif.  On occupera les esprits avec ce qui est futile et ludique.
Il est bon, dans un bavardage et une musique incessante, d’empêcher l’esprit de penser.
On mettra la sexualité au premier rang des intérêts humains, comme tranquillisant social, il n’y a rien de mieux.
…/…
Toute doctrine mettant en cause le système doit d’abord être désignée comme subversive et terroriste, et ceux qui la soutiennent devront ensuite être traités comme tels. »
Dans le Meilleur des mondes, Aldous Huxley illustre parfaitement cette limitation instrumentalisée de la connaissance à un  niveau utilitaire par le gouvernement mondial instauré.
Un exemple m’a frappé : une des héroïnes, Lenina Crowne, une β+  qui travaille dans le centre de fabrication des fœtus, s’interroge sur l’alcool qui est utilisé dans le centre pour faire bourgeonner les embryons des castes inférieures γ et δ en vue de la création de fratries de travailleurs manuels (nous dirions aujourd’hui des clones)…
Je cite de mémoire (ma lecture date de … cinquante ans !): « L’alcool ? Que savait-elle de l’alcool ?  C’était un liquide incolore à l’odeur forte et à la saveur acidulée que l’on commandait au laboratoire du premier. »
Il doit donc être clair que la dégradation de l’enseignement correspond d’abord à une volonté des régimes politiques les plus adeptes du mondialisme. Le pédagogisme, premier facteur de la destruction de la transmission de la connaissance, n’intervient que comme frein à l’acquisition de celle-ci, en particulier dans le domaine scientifique.
On s’étonnait d’avoir vu un Macron supprimer les mathématiques du tronc commun des lycées…
Démagogie oblige, l’idée étant bien sûr de ne pas sélectionner le niveau des élèves préférentiellement sur les mathématiques et de ne pas « pénaliser » les élèves mauvais dans la matière. Mais pour quelle finalité ?
La question devient alors : « Que feront tous ces élèves sans aucune formation mathématique après obtention de leur bac ? » Et cela bien sûr cela n’est surtout pas précisé…
Pour ceux qui se dirigent vers des filières scientifiques, le programme « complet » d’enseignement mathématique proposé en terminale scientifique est maintenant renforcé et comprendra 9 heures de cours hebdomadaires !
Les futurs taupins n’ont donc pas trop à s’inquiéter : l’enseignement de mathématiques qui leur sera prodigué va être plus complet qu’il ne l’était jusqu’ici, et on ne s’en plaindra pas.
On va donc se retrouver désormais avec une diminution drastique du nombre des élèves en séries scientifiques et la reconstitution sans le dire d’un élitisme scolaire affirmé ! Ce qui n’est pas le moindre des paradoxes en ces temps de démagogie affichée.
Reste à tenir compte du niveau déplorable de l’enseignement.
On constate donc :Une carence chronique de l’enseignement des fondamentaux en primaire conduisant à l’arrivée en 6eme de près de 15% d’illettrés ne sachant ni lire, ni écrire ni compter.

  • Une baisse générale du niveau de l’enseignement secondaire aux programmes tellement allégés que l’une des plus grandes difficultés actuelles des examinateurs est de parvenir à bâtir des sujets

(En maths d’ailleurs ils sont tous dramatiquement identiques)

  • Une incapacité croissante pour les jeunes étudiants en sciences à réussir leur première année compte tenu des carences qu’ils n’arrivent pas à combler…
  • Ce constat a même amené certains dirigeants enseignants à monter maintenant des classes post bac de remise à niveau en vue, pour certains élèves motivés, d’intégrer par la suite les classes préparatoires, nantis du niveau nécessaire !Le but de toute réforme étant d’améliorer le système et de ne pas conserver forcément – contrairement à ce qui se fait en politique – l’équipe qui perd, il convient de s’interroger d’abord sur les points suivants :

Pour le primaire :

  • Le retour aux méthodes acquisitionnelles des fondamentaux en français et en mathématiques, éventuellement en créant des classes de niveau permettant, à court terme, aux immigrés de manier la langue française aussi bien que les « souchiens »…
  • La stimulation de la plasticité cérébrale par la remise à l’honneur de propositions raisonnée et l’exercice de la mémoire notamment par un minimum de pratique du « par cœur ».

Pour le secondaire :

  • L’abandon définitif de l’enseignement thématique, fondé surtout sur l’idéologie, particulièrement en sciences, au profit d’un enseignement didactique et structurel.
  • Le retour à des programmes fournis en maths, physique et chimie afin de donner aux élèves les bases nécessaires  à une bonne entrée dans le supérieur, ce qui se faisait, il n’y a pas si longtemps encore…
  • A force d’allégements, les programmes  sont devenus de véritables coquilles vides !
  • L’interdiction formelle d’emploi en classe, surtout en épreuves de mathématiques, des calculatrices type « graphe + » à écran qui donnent directement visuellement aux élèves des résultats qu’ils devraient rechercher par le raisonnement.

(Comment demander à un élève de rechercher par le raisonnement, par exemple la valeur d’une limite ou l’allure d’une courbe, ou de montrer l’existence d’une intersection, si en  tapant l’équation de la fonction, il obtient aussitôt la réponse sur l’écran ?
Même un présentateur télé y arriverait !…)
[On en est réduit maintenant à ruser avec les machines et par devoir donner systématiquement des sujets (élémentaires à ce niveau) avec des asymptotes obliques – parce que les écrans ne les figurent pas – pour voir si les élèves ont compris !!!]

  • La revalorisation du baccalauréat –  ou sa suppression au profit d’un examen de sélection à l’entrée en fac sur des épreuves de disciplines spécifiques.

(Assez d’hypocrisie : la sélection se produit de toute façon avec la folle proportion d’échecs en fin de première année… Ce qui coûte une fortune en termes de budgets.)
On notera à ce niveau que l’attitude des universitaires n’est pas exempte de reproches, loin s’en faut :
Ils savent pertinemment que 80% des élèves en première année n’ont pas le niveau, et que plus de 50% abandonneront en cours d’année…
Cela coûte une fortune au budget de l’Education dite Nationale, mais les enseignants protestent globalement contre toute sélection car le nombre d’étudiants (et sa croissance) est une assurance… pour le maintien de leurs postes et pour le développement de leur profil de carrière!
La nécessaire revalorisation des rémunérations et des diplômes d’enseignement est indispensable.
Un étudiant scientifique d’un bon niveau sait qu’il touchera dans le secteur privé une rémunération au moins double de celle à laquelle il peut prétendre dans l’éducation nationale.
Le résultat est sans appel : sauf certains, animés du feu sacré de l’enseignement, ce sont les éléments les moins bons qui s’y orientent !
« On sélectionne les copies à l’admissibilité pour à l’oral du CAPES de maths à partir de 3,5 / 20 » (Chiffre communiqué déjà en 1995 par une amie personnelle, ancien professeur d’université de mathématiques notamment en IUFM, longtemps présidente de jury du CAPES).
ela ne s’est visiblement pas arrangé depuis trente ans !
Ce n’est clairement pas le schéma éducatif instauré et suivi dans les autres pays …

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