L’Association internationale des critiques d’art, une étrange confrérie aux étranges intérêts

dans Arts & Lettres & Chansons

L’AICA, cette association loi de 1901 s’auto-qualifie  « internationale » puisqu’il ne se conçoit   rien de « contemporain »  en  art qui ne soit international…et même si cette AICA est un entre-soi bien franco-français où la consanguinité intellectuelle fait des ravages.

Rédaction NSP
Nicole Esterolles


J’ai demandé à deux ou trois amis, qui en sont membres, ce que ça leur rapportait exactement de faire partie de cette secte syndicalo-mafioïde…Ils m’ont dit que le premier et seul avantage était que cela permettait de rentrer gratuitement dans les grandes expos muséales. ..Bon, OK, l’excuse est valable, et  je leur pardonne.
Mais il est évident que, pour 80% des membres de cette confrérie,  les raisons ne sont pas aussi triviales, mais sont à chercher plutôt du côté des multiples et nobles avantages liés à leur intronisation dans le puissant appareil institutionnel et marchand de reconnaissance et de valorisation non pas  de l’art, mais de l’appareil lui-même et de ses servants divers. La non-appartenance dissidente à l’AICA, vous exclut de toute accréditation aux voyages et déjeuners de presse, aux cérémonies ministérielles, aux grands vernissages à Pompidou, aux grandes rencontres et foires internationales, etc.
La « critique d’art » peut  dès lors avoir fonction de lubrifiant indispensable aux rouages de cette diabolique mécanique. Elle devient  aussi ce qui fait lien dans l’entre-soi, enrobage discursif, baratin dissuasif, onguent analgésique, enfumage hypnotique, bourrage de mou, empaquetage rhétorique pour protéger et valoriser une abyssale béance de fond…et même – ou surtout- quand cet enrobage est constitué d’une  sciure langagière totalement incantatoire et imbitable.
On pourrait imaginer le rôle du critique d’art comme celui d’un écrivain poète amoureux de la peinture et comprenant celle-ci par l’intérieur et par une approche sensible… comme celui d’un frère du peintre et accompagnant celui-ci avec ses mots, comme celui d’un respectueux de la biodiversité artistique… Et c’est le cas pour 20% des membres de l’AICA, comme c’était le cas des fondateurs de l’AICA dans les années 50 avec Jacques Lassaigne, Raymond Cogniat, André Parinaud, Dora Vallier, Georges Boudaille, Hélène Parmelin, Michel Ragon, etc… Mais pour les 80%  restant on est dans la science pure, dans la théorie compactée, dans l’idéologie totalisante, dans la duchampo-cérébralité la plus échevelée et radicale. Et aussi, bien sûr, dans le plan de carrière, dans la mesure où la carte AICA favorise l’obtention de postes fonctionnarisés de directeurs et profs d’Ecole d’art, curators…et surtout de pisse-copie bien rémunéré pour les préfaces d’expos conceptualo-bidulaires en FRAC, CAC, MAC , etc.
Le plus hirsute illustration de cette évacuation de la substance artistique  par la toute puissance désartifiante  d’une    spéculation intellectuelle sans contenu mais totalement indexée sur la financière., est bien cet ouvrage collectif , paru en 2014 et paraphrasant Heidegger, intitulé  Pourquoi y a-t-il de l’art plutôt que rien ?,  et pour lequel le « penseur d’art » Raphael Cuir a réuni les textes des plus grands virtuoses de la processualité discursive et de l’hystérisation de la béance du sens, qui y sont allés de « leur plus beau ramage »…Le rien étant un objet beaucoup plus inspirant en termes de  fellation linguo-cérébrale que l’art proprement dit auquel ils ne comprennent rien…. » « Pourquoi y a-t-il des artistes, plutôt que rien ? » disent-ils encore…et ils ajoutent : «  S’il y en a , ce n’est pas de notre faute et on sait comment les asphyxier avec nos textes aussi abscons que pédants et terrifiants  lâchers de mots »… »

Le grand show des fellateurs du rien !

J’en profite pour vous annoncer que mon livre,  Le grand show des fellateurs du rien- Du nihilisme de l’art dit contemporain  doit paraître bientôt aux éditions Christophe Chomant.
C’est suite à la publication de l’important ouvrage de référence Pourquoi y a-t-il de l’art plutôt que rien?, que Monsieur Cuir fut élu par ses pairs Président de l’AICA ,épousa dans la foulée Madame Orlan, et se fit couper sa haute chevelure jaune.
On le voit ensuite à la tête d’une manifestation de protestation contre l’attentat dont fut l’objet le Plug Anal de Papy Chocolat Mc Carthy et pour la liberté d’expression des joailliers de la Place Vendôme. (ce qui m’avait donné l’occasion de publier déjà un texte réquisitoire dans Marianne   sur la critique d’art française.
On apercevra peu après Monsieur Cuir en conversation avec Monsieur Labelle Rojoux, professeur de foutage de gueule à la villa Arson, haut-lieu d’enseignement des différentes pratiques de  fellation du Rien, agréées par le Ministère. Ici le lien vers cette video, hallucinante apologie de la dérision de l’ art … comme art https://www.dailymotion.com/video/xq68os

L’hyper galimatias de la cuistrerie imbitable des critiques d’art contemporain

En voici un bel exemple avec cet extrait d’un l’article de Jean-Marc Huitorel, membre éminent de l’AICA, leader de la critique d’art bretonne, auteur du livre L’art est un sport de combat », texte paru dans le n°444 du mois de mai 2017 de la revue Art Press : « Les dernières œuvres de Jean-Benoit Lallemant, de la série Territoriality, se développent en contrepoint et en alternative aux ensembles liés à la toile. D’un côté la revisitation de la matérialité de la peinture dans le but de rendre visibles et conceptualisables les terribles soubresauts du monde ; de l’autre rendre compte au plus près de l’idée du territoire et de la frontière en se déplaçant auprès des gens susceptibles d’en témoigner et de l’incarner. Le protocole ? S’entretenir avec la personne choisie, chez elle (une transsexuelle québécoise, un Israélien d’origine éthiopienne mais non juif par exemple), et lui prélever une empreinte d’un cm2 de peau de la voute plantaire, synecdoque du corps, point de contact avec le sol et la spatialité, interface de l’errance. Ladite empreinte est ensuite numérisée en très haute définition ».
Un autre terrifiant baragouin du même bretonnant à la Galerie Art et Essai de l’Université de Rennes : « La fonction sécante de la ligne graphique divise autant qu’elle réunit. L’impossible indépendance de ces deux faits (séparation/intégration) l’un par rapport à l’autre est un phénomène propre à une multitude de situations relationnelles… Cette exposition se propose d’interroger cette condition, en particulier la réversibilité de l’espace et la relativité des frontières. Ce qui se joue ici c’est la façon dont toute limite, qu’elle soit abstraite ou physique, artificielle ou réelle, produit à la fois un espace défi ni par des contraintes et un espace qui en est l’extension ».
Les étudiants bretons ne sont donc pas en manque de beau langage en matière d’art contemporain, pour cette exposition intitulée This outsideness organisée par l’association  Manifestement Peint Vite  et curatée par les ébouriffants Romain Boulay et Laurence Schmidlin. Ce jargon-là a quand même une autre tenue que le dialecte bigouden !
On a en revanche perdu la trace – et c’est tant mieux –  du critique d’art qui a écrit çà : « C’est au mi-temps des années 80 du siècle dernier qu’apparaît un nouvel héros « universel » : le Texte. Il est né de l’union hiérogamique du structuralisme européen et de la textualité universitaire états-uniène, mais il gagne bientôt le reste du monde pour devenir un « intertexte », puis un « supratexte , généralisé, avant d’être le « cybertexte » des réseaux que l’on connaît….Frédéric Jameson ( Dans son livre « la logique culturelle du capitalisme tardif » ) le dira comme ça : «  l’ancien langage de « l’œuvre », se voit partout remplacé par le langage assez différent du texte et de la textualité. Un langage dont est stratégiquement exclue la réalisation de la forme. Aujourd’hui, tout peut être un « texte » en ce sens (la vie, le corps les représentations diverses), alors que les objets qui étaient auparavant des « œuvres » sont désormais susceptibles d’être relus comme immenses ensembles de systèmes de diverses sortes ».
Autrement dit, et pour traduire cet hyper-galimatias  cyberabscons en langage simple : aujourd’hui le texte remplace l’œuvre, le discours sur l’art remplace l’art, le baratin remplace la mise en forme, le pédant fonctionnaire remplace l’artiste, le contenant remplace le contenu….ET C’EST LE TRIOMPHE DE LA CRITIQUE D’ART !

Enfin un collectif dissident de la jeune critique d’art

Peut-on avoir quelque espoir de changement avec ce collectif ? https://jeunescritiquesdart.org/
Jeunes Critiques d’Art est un collectif (Association loi de 1901) fondé en 2016 sous l’impulsion d’Horya Makhlouf et de Grégoire Prangé qui regroupe seize membres : Camille Bardin, Samuel Belfond, Irène Cavallaro, Diane Der Markarian, Flora Fettah, Henri Guette, Victoria Le Boloc’h-Salama, Charlotte Lebot, Margaux Luchet, Léo Panico-Djoued, Anne-Laure Peressin, Pauline Schweitzer, Clément Thibault et Chris Cyrille.
« De galeries en musées ou en centres d’art, nos explorations nous ont souvent laissé un goût amer. Élitiste, pompeux, superficiel mais néanmoins intimidant, la mauvaise réputation dont souffre l’art contemporain n’est certes pas fondée sur rien. Suite à la visite d’une exposition en galerie et la lecture du texte particulièrement creux et arrogant qui l’accompagnait, nous avons décidé de nous rassembler pour penser une alternative ».
La présentation de la peinture de l’excellent Marcos Carrasquer par Anne Laure Peresquin sur leur site est en tous cas de bon augure.