Le Sud-Ouest n’existe pas

dans Réflexions & Histoire

La question de cette inexistence, ou de cette existence fantasmée, nous concerne d’autant … que nous portons le nom de Burdigala et sommes susceptibles de contribuer à la promotion de l’identité de Guyenne et Gascogne.


Rédaction NSP
Daniel Cosculluela.

Mais de qui parle-t-on lorsqu’on parle d’identité ? De nos jours au cœur de la modernité exultante, à défaut d’être exaltante, l’identité se résume à l’image de soi, à la perception et à la conscience (au mieux) de ses désirs… et de ses droits. L’identité se limite de plus en plus au(x) sujet(s)s, à celle du sujet et les identités qui définissaient celles du sujet se voient disqualifiées de discriminantes (on a même osé évoquer une notion de séparatisme pour définir ce conglomérat idéologique qui doit faire l’objet d’une loi). Les identités nationales, ethniques, de classes et ceux qui les promeuvent ou les analysent (ou les utilisent) sont désignés comme des complotistes, des démons, des racistes… sauf qu’ils mettent en avant leurs dissolutions et l’uniformisation des sujets qui légitime le MOI.

Venons-en au Sud-Ouest où les autochtones se voient envahir par les allochtones (les étrangers en somme). Et ceux-ci ne proviennent pas nécessairement des continents colorés, mais également des régions du « territoire national » d’où émigrent lors de la retraite, ceux qui veulent accéder à une « qualité de vie ». Et d’abord qu’est-ce donc que le Sud-Ouest ? La Gascogne, oui nous le savons, la Bigorre, le Tarn, le Gers, l’Auvergne, les Landes… Ah non les Landes sont une création bonapartiste (le second empire) qui unifie la Chalosse, le Bazadais et l’Albret. Et le Pays-Basque, on verra à la fin ! Pour la majorité des amateurs du Sud-Ouest, c’est-à-dire de touristes itératifs ou permanents (les allochtones), le Sud-Ouest c’est également, en sus des plages 1 et des évènements culturels ou sportifs tels que le rugby 2, la corrida, les fêtes de Bayonne…C’est la gastronomie et le vin !!

D’abord les vins : Ces couillons ne connaissent que les vins de Bordeaux et les vins de Bergerac (les vins de cette pauvre Dordogne qui s’appelle Périgord), ils connaissent à peine les Fronton, Irouleguy, Gaillac, Madiran, Tariquet, Pellehaut, Uby et j’en passe… Et la nourriture : Ils croient que les tapas sont traditionnelles, elles ne le sont même pas chez nous en Espagne (d’ailleurs l’Espagne n’existe pas 3), ils croient que la piperade c’est de la tomate comme les pâtes à la bolognaise, alors que la tomate a migré avec la colonisation hispanique aux Amériques.

Bon, cette partie-là de l’identité culturelle (oui culturelle) s’est liquéfiée avec l’industrialisation et la dégénérescence des campagnes, engendrant la perte de l’âme rurale. La migration rurale c’est la fonte des communautés, des petites patries : une vallée, un village ou un quartier. Et dans le même temps se fondait la réalité culturelle qui s’organisait autour de la langue, l’Occitan ou le Basque et ses déclinaisons.

Justement le mythique Pays-Basque 4, ce conglomérat « franco-espagnol » a-t-il une identité nationale avérée ? La Navarre, le premier royaume hispanique après le Sobrarbe (en Aragon) a été le territoire hispanique où régnait en maître le Castillan, avec cependant une zone où le Basque était la langue co-officielle. Puis celui-ci est devenu la langue officielle du fait de l’augmentation du nombre de locuteurs. Aujourd’hui le nombre de locuteurs basque dans les sept provinces chute vertigineusement du fait du nombre d’allochtones, mais également par délaissement d’un idiome dénué d’utilité sociale (ou d’utilité sociale réduite). Et pourrait-on aujourd’hui, le pouvait-on hier, identifier le Pays-Basque nord (francophone) du Pays-Basque sud (hispanophone) séparés par les Pyrénées ? Cette ligne de crête définit deux espaces, ayant pour origines une pulsation climatique datant du Moyen-Age, un espace méditerranéen (Navarre et Alava) et un espace atlantique (Guipuzkoa, Biscaye, Labourd, Basse-Navarre et Soule) aux caractéristiques morphologiques, économiques et sociales différentes. Et c’est à Saint-Jean de Luz que s’est marié Louis XIV avec une Marie-Thérèse, infante d’Espagne… clôturant des siècles de querelles dynastiques, féodales etc..(Les anglais parlant occitan furent de la fête !).

Ce développement nous pourrions l’évoquer pour l’Espagne, conglomérat de communautés diverses, de l’Andalousie à la Galice en passant par la Catalogne, l’Aragon et la Castille. L’histoire de l’Espagne (l’Hispanie) est une histoire chaotique de même nature que celle évoquée dans notre long article sur l’Afrique (Du passé au présent, les voyages de l’histoire).



Qui sait que la croix basque vient de la svastika ou des stèles discoïdales honoraient le soleil.
Qui sait que les couleurs basques, rouge et blanc, ont pour origine les couleurs des requêtes, ces partisans du vrai roi : Don Carlos.

Merci à Raymond Chabaut pour le titre de cet article emprunté à l’un de ses ouvrages ainsi que quelques références.


  1. Tout le monde connaît la blague : Les vrais bordelais disent le Cap, les allochtones le Ferret…et les bouseux le Cap-Ferret. 
  2. Qui se souvient, c’est Denis Tillinac qui me l’a rappelé un jour de palabres, qu’il existait à Vichy un club de  « première division ».
  3. Mon abuelo (grand-père) disait que l’Espagne (en espagnol) c’était « L’Aragon et la vieille Castille, le reste, nos colonies et les habitants, nos esclaves ».
  4. Qui sait que la pelote basque est d’origine maya ou aztèque et découverte par les conquistadores.