Mitterrand économiste ?

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Seul président estampillé socialiste de la Ve république à avoir, de plus, effectué deux septennats complets, François Mitterrand semble ne s’être situé à gauche de l’échiquier politique que par pur opportunisme. En 1967, Jean-Pierre Chevènement, ministre multicartes et multi-démissionnaire sous la présidence Mitterrand   écrira d’ailleurs de lui qu’il ne connaissait pas grand-chose au socialisme et qu’en matière de gauche sa rhétorique remontait à Lamartine. Sans doute le plus assassin et synthétique résumé d’une carrière à contre-emploi.


Arnaud Raffard de Brienne
Elu président de la république en mai 1981 grâce à une union (provisoire) de la gauche et notamment au soutien circonspect du Parti communiste, sur un programme décliné en 110 propositions principalement issues du Programme commun, François Mitterrand, conformément à ses promesses de campagne, multiplia les mesures sociétales, sociales et économiques dont certaines perdurent encore de nos jours.

François Mitterrand, pionnier du surendettement

Même si Mitterrand ferait aujourd’hui figure de petit joueur en matière de dépenses publiques en comparaison de ses successeurs et tout particulièrement de  Nicolas Sarkozy et d’Emmanuel Macron, les deux tenants du titre, il fut à l’époque une sorte de pionnier du déficit et de l’endettement. Un an après le lancement de son fameux plan de relance de type keynésien, Michel Rocard prescrivait déjà au prodigue président une pause dans les investissements menés au pas de charge. Dès l’année suivant son élection, en 1982, la dette française augmentait de 22% en 1981 puis de 25% en 1982 en même temps que se creusait l’éternel trou de la Sécurité sociale. De 22% l’année de son élection, la dette nationale s’élèvera à 56% à la fin de son second septennat. Comme ses successeurs, François Mitterrand aura financé à crédit les avancées sociales et l’immigration, avec un argent que nous ne possédions pas et qu’il nous fallait donc emprunter.

Dès 1981, en effet, le laxisme en matière migratoire et les mesures sociales dispendieuses se multiplient comme l’augmentation du SMIC, des allocations familiales, aux handicapés, aides au logement, minimum vieillesse, la retraite des agriculteurs, les mesures en faveur de l’emploi et on en passe. Mais aussi et surtout, la cinquième semaine de congés payés, le passage de la semaine de 40 heures à 39, la création de 55 000 postes de fonctionnaires, à rebours de que commençaient à anticiper nos voisins européens, la retraite à 60 ans, ces deux dernières mesures figurant sans nul doute parmi les plus néfastes d’entre toutes en regard de leurs conséquences prévisibles et notamment des réalités budgétaires et démographiques connues. C’était ce que l’on pourrait qualifier, selon un détestable anglicisme, la période open-bar.

Economiquement, le président Mitterrand affiche un volontarisme sans faille : dès 1982, nationalisation, avant la vague de dénationalisations ultérieures, de sept grandes entreprises industrielles et d’une petite quarantaine de banques, participations dans les groupes Matra, Dassault, Bull informatique, Usinor-Sacilor… Côté recettes, c’est l’impôt sur la fortune (ISF) qui deviendra les décennies suivantes l’éternel abcès de fixation des alternances gauche-droite, l’augmentation de l’impôt sur les entreprises, sur les carburants…, toutes mesures qui n’empêcheront pas une envolée des dépenses budgétaires de 20% en 1982

1983 : retour au réel

Dès mars 1983, au lendemain des élections municipales après moins de deux années d’euphorie dépensière, la gauche qui n’est déjà plus majoritaire découvre la réalité économique et les marchés sifflent la fin de la récréation. La gauche socialo-communiste se résout bien malgré elle aux affres du réel et aux rigueurs d’une gestion impopulaire mais réaliste. Les tenants de l’utopie et des idées fausses, notamment les encombrants alliés communistes, mangent leur chapeau et commencent à évoquer à mi-voix la trahison que cautionne leur présence au gouvernement. A mi-voix seulement, on est jamais trop prudent, et aucun ne claquera la porte. C’est alors, à partir de cette période, le fameux « tournant de la rigueur».

Le François Mitterrand nouveau est arrivé : social-démocrate, gestionnaire pointilleux, soucieux de limiter le déficit national à 3% afin de se conformer aux règles européennes et, d’ailleurs, européiste en diable. N’oublions jamais à ce sujet que c’est à la révélation publique (et tardive) de la vilaine affection qui s’était emparée de la prostate présidentielle que nous devons le traité de Maastricht. Le 3 septembre 1992, à deux semaines du référendum pour lequel l’ensemble des sondages annonçaient un vote majoritairement hostile, dans un débat sur ce traité l’opposant à Philippe Seguin, François Mitterrand, jouant le tout pour le tout, révéla le mal qui le rongeait depuis de nombreuses années, depuis 1981, année de son élection, en fait. Emotion garantie dans les chaumières et le 20 septembre, le oui au traité l’emportait à 2,08 point près.

L’héritage empoisonné de François Mitterrand

Selon le mécanisme bien connu du cliquet, revenir sur des avantages sociaux considérés comme des « acquis », apparait souvent comme périlleux sinon impossible. Véritable bombe à retardement, le passage de la retraite à 60 ans, mesure sympathique en soi mais démagogique au possible allait à l’encontre de toutes les données déjà connues à l’époque de la science humaine la plus exacte qui soit, la démographie, sur le vieillissement et par conséquent l’allongement de la durée de la retraite, la dépendance et son financement. Ce critère de 60 ans aura pollué tous les débats sur la retraite depuis près de quatre décennies. Mieux ou plutôt pire que la quadrature du cercle : comment entrer dans la vie active de plus en plus tard, en sortir le plus tôt possible tout en vivant de plus en plus longtemps et en maintenant un bon taux de pension sans pour autant accabler entreprises et salariés de cotisations ? Quant aux autres avantages sociaux et notamment le Revenu minimum d’insertion (RMI) créée par Michel Rocard en 1988 et devenu Revenu social d’activité, il aura certes constitué un revenu mais n’entretenant guère de rapport avec l’insertion, ni l’activité. Et que dire de la réduction du temps de travail alors même que l’orientation libre-échangiste de l’Europe condamnait déjà les entreprises à délocaliser en quête d’une main-d’œuvre à la fois moins chère et peu regardante sur les horaires ?

Avec le recul des années, la politique économique et sociale de François Mitterrand et de ses gouvernements successifs apparait pour ce qu’elle fut : ruineuse, déconnectée des réalités et court-termiste par démagogie. Le mythe entretenu autour de l’apprenti socialiste au parcours rempli d’ombres plus que de lumière, le Florentin comme l’avait surnommé François Mauriac, ne survit plus guère que grâce à la dévotion de quelques fidèles nostalgiques d’un bon vieux temps sublimé, celui des heures de gloire du défunt Parti socialiste.

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