Oryesco referens … Fallait-il élire « ça » ?

dans Zones occupées

Le 4 mars l’Académie Française élisait comme nouvel immortel, au fauteuil 32 précédemment occupé par François Weyergans, un certain Pascal Ory.


Claude Timmerman

Professeur d’histoire contemporaine, militant socialiste, très généralement ignoré du grand public, Ory a grossi dès sa maîtrise d‘histoire, la cohorte des antifascistes patentés. Ses premiers livres, écrits selon lui pour des raisons “éthiques” à cause des “ambiguïtés de l’Occupation” (sic !), portaient sans surprise sur la Collaboration.
« Pascal Ory a reçu en 2018 le Grand prix de l’Académie Française pour l’intégralité de son œuvre, qui porte principalement sur l’histoire culturelle et l’identité nationale contemporaine » (resic !)

Professeur émérite à l’université Panthéon-Sorbonne, il a enseigné également à Sciences Po Paris et à l’INA Sup et fut même chercheur au CNRS. Une carrière prolifique et éclectique donc : le sujet, pour une certaine intelligentsia supposée, est décidément porteur!
On le retrouvera même, critique cinéphile, journaliste-radio et régent du Collège de Pataphysique.

Obsédé par tout ce qui peut être considéré comme « de droite », c’est un chantre zélé de la plus répugnante idéologie socialo-gauchiste contemporaine héritée de mai 68 (il avait alors vingt ans) où il fut, dans sa Bretagne natale – il est natif de Fougères – un proche idéologique de Jean Yves Le Drian.

Il écrira même en collaboration avec Antoine Prost en 2015 une biographie apologétique de Jean Zay intitulée « Jean Zay : un ministre assassiné ».
L’élection de Pascal Ory à la Coupole “s’imposait” donc pour certains comme une évidence : c’est le couronnement, attendu par tous les ayatollahs de la pensée, de la carrière d’un “grand humaniste” comme on va le voir.

Dans Le Monde du 6 février 1975, à l’occasion du trentième anniversaire de l’exécution de Robert Brasillach, paraissait un article intitulé Apologie pour un meurtre , signé de d’Ory où il déclare 1: « A la date du 6 février 1975, je suis prêt à signer un appel en faveur de l’abolition de la peine de mort ; mais à celle du 6 février 1945, au nom d’une certaine idée de l’intellectuel et du militant, j’accepte de figurer parmi les douze hommes qui exécutèrent au petit matin le condamné Robert Brasillach, dans la cour de la prison de Fresnes ». (Précisons bien – comme le souligne fort justement Marc Laudelout, directeur du Bulletin célinien – que l’exécution de Robert Brasillach a eu lieu, non à la prison de Fresnes, mais au fort de Montrouge !)

En matière de rigueur historique cela donne pour le moins à penser quant au sérieux de l’auteur et à sa rigueur dans la recherche comme dans l’exposé, pour ne pas parler d’honnêteté !

Dans le même ordre d’idée, on aimerait savoir s‘il a apologisé les tueurs de Voiron, et excusé d’autres lâches immondes de la résistance comme les tondeurs de femmes. En tout cas, jamais il ne s’indignera des horreurs de l’épuration, on peut même supposer, à le lire, qu’il regrette surtout d’être né trop tard pour avoir pu faire partie des tueurs.

Je dirai a contrario « qu’au nom d’une certaine idée de l’intellectuel et du militant » Pascal Ory correspond parfaitement, selon moi, à la définition du salaud sartrien telle qu’exposée par André Comte Sponville :

« Le salaud, au sens sartrien du terme, c’est celui qui se croit, qui se prend au sérieux, celui qui oublie sa propre contingence, sa propre responsabilité, sa propre liberté, celui qui est persuadé de son bon droit, de sa bonne foi, et c’est la définition même, pour Sartre, de la mauvaise. Le salaud, au fond, c’est celui qui se prend pour Dieu (l’amour en moins), ou qui est persuadé que Dieu (ou l’Histoire, ou la Vérité) est dans son camp et couvre, comme on dit à l’armée, ou autorise, ou justifie, tout ce qu’il se croit tenu d’accomplir
…/…
Qu’est-ce qu’un salaud ? C’est un égoïste qui a bonne conscience, qui est persuadé d’être un type bien, et que le salaud, en conséquence, c’est l’autre…/.. C’est pourquoi il s’autorise le pire, au nom du meilleur ou du soi – d’autant plus salaud qu’il se croit justifié à l’être, et pense donc ne l’être pas. »

Un portrait qui colle effectivement parfaitement au personnage de Pascal Ory !

Cela l’autorise, à s’autoproclamer donneur de leçon, et à développer de façon péremptoire ses conceptions sur le peuple et la nécessité de la violence allant jusqu’à légitimer la guerre civile.

C’est ce qu’il développe dans son essai Qu’est-ce qu’une nation ? : une histoire mondiale, Gallimard – 2020, où il veut exposer que « la nation n’appartient pas au passé ».

« Quand un peuple devient le Peuple, cela donne une nation. Ensuite, pour parvenir à un État-nation, il faut un minimum de mobilisation, voire de combats ou même de franche guerre, une conjoncture favorable. ../… Ce n’est pas la vaillance du dominé qui compte, il faut que le pouvoir central s’affaiblisse. »

Propos, parmi d’autres, qui ont motivé cette analyse critique de l’ouvrage par Henri Temple : « Construction du travail floue, style volontairement bizarre des années 70, le livre de M. Ory ne répond pas à la question-titre.
Par-dessus tout l’appareil de références est biaisé, citant les auteurs (fussent-ils secondaires) qui aident à sa thèse plus ou moins cachée, mais omettant de mentionner les plus grands qui le dérangent : Rousseau, Stuart Mill, Michelet, List, Durkheim, Jaurès, Bainville, Benda, Mauss, Morin, Taguieff, Debray, Schnapper, etc !
De plus, la Sorbonne, dont M.Ory vient, a publié un ouvrage collectif, en 2018, avec la même question-titre. On ne peut croire que ce soit le seul hasard qui l’empêche de le citer.
M. Ory s’affranchit ainsi des règles élémentaires de la recherche académique et de la simple courtoisie. »

On en saurait mieux dire !

Et selon Ory, comme l’histoire, la littérature, ne peut évidemment s’entendre qu’à travers la censure de la bien pensance exercée par les plus extrémistes, il ose ainsi poser la question à propos de Rebatet pour une réédition des Décombres où il s’est cru autorisé à commettre une préface qui commence par ces mots:

« Fallait-il republier ça ? »

Formule dont la suffisance a même choqué Télérama : « Le livre que l’historien Pascal Ory désigne de manière inhabituellement méprisante pour un préfacier comme étant « ça », est un ensemble de textes du sulfureux journaliste, polémiste, écrivain Lucien Rebatet dont le navire-amiral s’intitule Les Décombres. »
Alors, ces Décombres, « fallait-il » ou non les republier ?

« Reposons la question, à laquelle répondent parfaitement les historiens Bénédicte Vergez-Chaignon et Pascal Ory, qui ont magistralement établi le dossier intellectuel et politique accompagnant cette réédition. Ce livre, donc cette pensée, ce mouvement d’idées ne doivent pas être glissés sous le tapis de l’histoire au motif, parfois avancé, qu’ils seraient inopportuns, voire trop nauséabonds, à l’approche d’élections qui pourraient être profitables au Front national – mouvement, jusqu’à preuve du contraire, d’extrême droite. »  [La république des livres.com : Rebatet exhumé des décombres]

Le cadre idéologique est tracé : il ne s’agit pas du tout de faire connaître Rebatet, mais de l’instrumentaliser !

Maintenant l’Académie nous apprend que son benjamin s’illustre à propos d’un ouvrage qu’il apologise et dont nous avons déjà parlé récemment à propos de l’inceste : Du mariage  de Léon Blum .

Oryesco referens nous (re)posons donc la question qui tue: Fallait-il republier ça ? (bis)

L’Académie présente ainsi l’ouvrage : « La pornographie au Conseil d’État » : c’est en ces termes qu’un journal d’extrême-droite accueillit la publication de ce livre, en 1907. L’ouvrage, en effet, fit scandale dans certains milieux, dès lors que son auteur, membre à la fois du Conseil d’État et du parti socialiste de Jaurès, y développait une conception du mariage où la liberté sexuelle des futures épouses serait désormais analogue à celle que s’autorisaient déjà les hommes. Mais il gêna aussi dans les rangs féministes et socialistes celles et ceux qui y lisaient une conception trop peu ascétique des relations entre homme et femme . »

Le moins qu’on puisse dire est qu’Ory n’aura perdu de temps : à peine un mois après son élection il balance sa réédition de Blum qui bénéficiera de la publicité de l’Académie pour ses commentaires sur Blum qu’il signera « Ory de l’Académie Française » et dont, comme le reste de ses écrits, on se passera bien…

Oryesco referens toujours, la question doit donc être posée à l’institution : Fallait-il y élire « ça ?»



NDLR : Voir un académicien, censé défendre les belles lettres, non seulement se réjouir mais encore souhaiter avoir été responsable de la mort de l’écrivain le plus prometteur de sa génération est la pire des abominations. Gloire éphémère, que de reptations, de compromissions et de reniements ne commet-on pas en ton nom. Pourvu que le “fauteuil 32” où l’animal est élu, fauteuil réputé “maudit” et qui a vu mourir ou être radié nombre de ses occupants n’en tienne pas trop rigueur à ses fesses immortelles. 

  1. Références et documents obligeamment communiqués par Henri de Fersan et l’Association des Amis de Brasillach.

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