Privé : les retraites complémentaires gelées en 2020

dans Tour d'horizon

En contradiction avec l’accord signé par les partenaires sociaux en mai 2019, prévoyant une indexation chaque année des retraites complémentaires sur l’inflation, celles-ci devraient être gelées l’année prochaine.


Rédaction NSP
Arnaud Raffard de Brienne

Ainsi en ont décidé les partenaires sociaux en charge de la gestion et du pilotage de la fédération Agirc-Arrco à laquelle sont affiliés treize millions de retraités. En cause, la baisse observée du salaire de référence, lourdement impacté, à hauteur de -7 à -8%, par les mesures de chômage partiel, elles-mêmes imposées par le crise sanitaire et la période de confinement. Or, l’accord de 2019, fixant les règles d’évolution des pensions pour les quatre années à venir, prévoit explicitement leur indexation si l’inflation s’avère supérieure à la hausse des salaires. Aussi sujet à caution que puisse être le taux officiel d’inflation calculé par l’INSEE, il demeure la référence obligatoire sur laquelle sont indexés minimas sociaux et retraites. C’est dire l’importance pour l’État de le minimiser. Avec une inflation à 0,1%, la cause est donc entendue et la valeur du point demeurera inchangée à 1,2714 euro, au même niveau qu’au 1er novembre 2019.
D’autres défis de taille attendent les partenaires sociaux qui, par exemple, se sont refusé à déterminer la valeur d’achat du point, une valeur applicable chaque année au 1er janvier, afin d’éviter un dilemme à la résolution lourde de conséquences. En effet, baisser la valeur d’achat du point de retraite, c’est augmenter les droits des salariés en fin de carrière et par conséquent alourdir encore les dépenses… Il semble donc urgent d’attendre.

Un déficit de 6,5 milliards d’euros en 2020

Mais, à l’évidence, c’est aussi et même surtout la situation financière de l’Agirc-Arrco, principale caisse de retraite des salariés du secteur privé qui justifie ce gel des pensions et cette atteinte au pouvoir d’achat des retraités. Aucune des réformes successives portant sur les retraites n’aura réussi, à ce jour, à établir une solution pérenne pour l’avenir de notre système de retraite par répartition. La fonte des réserves de l’Agirc, caisse de retraite complémentaire des cadres, avait imposé sa fusion, le 1er janvier 2019, avec l’Arrco, caisse de non-cadres encore dotée de belles réserves, mais il ne s’agissait à l’évidence que de gagner du temps, quelques années tout au plus. Aujourd’hui, avec 23 millions de cotisants, 1,6 millions d’entreprises affiliées et 80 milliards d’euros de versements par an, Agirc-Arrco constitue, de loin, le premier organisme de retraite complémentaire.
Après une année à l’équilibre, le déficit de cette fédération Agirc-Arrco s’élève aujourd’hui à 6,5 milliards d’euros et les réserves fondent comme beurre au soleil. Demain, en 2026, les réserves ne couvriront plus que six mois de prestations, un seuil à compter duquel l’accord de 2019 prévoit la possibilité d’une baisse arbitraire des pensions versées.
Démographie, situation économique et, l’un de ses corollaires, les niveaux de rémunération, semblent devoir toujours l’emporter sur les spéculations, revendications et tirades des partenaires sociaux et politiciens. En l’occurrence, la crise sanitaire n’aura servi que de révélateur et d’accélérateur à une situation connue de tous et de longue date.