Quand le “vin” dialogue avec l’art contemporain

dans Arts & Lettres & Chansons

Je vous ai récemment parlé de la paire de bottes de 8m de haut, œuvre de Lilian Bourgeat, plasticien émergent, spécialiste de la  giga-ineptie, qui avait été installée sur la pelouse du Château Chasse Spleen, médiocre cru du Médoc …


Rédaction NSP
Nicole Esterolles

1. Au Château de Peyrassol : Aujourd’hui, il s’agira de la machine épandeuse de lisier de cochon (on reste dans l’agricole), que Bertrand Lavier (un des top-ten de l’art hexagonal) a basculé dans un des bassins à poissons rouges du Château de Peyrassol, prestigieux cru du Var, dont Lavier a , dans la foulée, signé la dernière cuvée….(Notons que cette machine épandeuse n’est pas sans rappeler les petits hommes verts de Fabrice Hyber, pleins de petits jets d’eau dans tous les sens, pour leur  même évocation lourdement métaphorique de l’intersectionnalité et de la convergence des luttes sociales.)

Mon ami Christian Noorbergen m’a fourni , au sujet de cette œuvre, un petit bijou de bien-parlance ( la bien-parlance et la bien-pensance se confondant dans une même origine strictement buccale et ne pré-existant pas à leur énonciation) , dans le pur style Art-Press, ministériel, IAC de Villeurbanne  ou Consortium de Dijon …qui vaut son pesant culturel de gratons de Lyon…et que voici :

Bertrand Lavier au Domaine de Peyrassol

Par Christian Noorbergen

L’œuvre considérable du très considéré Bertrand Lavier, présentée ici (“Sulky 2020“) dans un domaine réputé, interroge les multiples relations para-urbaines de la complexité technologique avec les lieux écartés de la quotidienneté humaine. L’artiste, dans les champs abandonnés du savoir paysan, s’est emparé de grandes machines-outils qu’il a installées telles quelles ou presque dans un plan d’eau. Somptueux décalage d’une somptueuse créativité. Ainsi l’œuvre, nécessairement plurielle et clairement banalisée, est subtilement démultipliée en une seule entité hétérogène et surordinarisée. Son apparence sèche et neutralisée évoque en contrepoint, par ses échos métalliques distendus, un pittoresque archaïque, rustique et décalé des lieux. Le génie de l’artiste est de résister à la tentation stupide et dépassée d’intégrer une once de sensibilité. La distance ainsi créée permet l’irruption de circulantes données mentales conceptuelles. La sexualisation des épines phalliques en mouvements répétés introduit l’érotique heureuse des campagnes oubliées, seule concession de Bertrand Lavier aux paysages d’antan. Acceptable faiblesse, tant le vide suggéré par l’évidente présence a-artistique permet le surgissement d’étonnants signifiants cachés. Le prodigieux rien-à-dire de l’œuvre, dans l’écho suggéré de l’extrême non-œuvre enrobante, permet sans contrainte pré-construite d’appréhender à vif le silence des abîmes.

Mais la compassion s’impose : Lavier aurait pu être un artiste. Sa pudeur seule l’en empêche. Il s’abstient de laisser parler son invisible culture et sa sensibilité secrète. Ce serait trop facile. Ceux qui pensent à quelque cynisme arrogant qui mépriserait tous ces pauvres types qui pataugent dans la solitude de leur moi créatif se trompent. Bertand Lavier est un martyre de la création.

On peut lire également sur le site de la Commanderie : Depuis 20 ans, la commanderie de Peyrassol est un lieu unique où dialoguent l’art et le vin. En étroite collaboration avec la Galleria Continua, Philippe Austruy, propriétaire du domaine, fait dialoguer la mémoire du lieu, conviant le public à venir découvrir plus de cent oeuvres signées par des artistes majeurs tels que Daniel Buren, Dan Graham, Bertrand Lavier, Carsten Höller, Richard Long, Ugo Rondinine, Lee Ufan, Bernar Venet…

2 – Au Château la Coste : avec cette actuelle expo « Confess » , férocement sociétalo-questionnatoire, signée par la plasticienne internationale polonaise Trina McKillen , qui a pour but « de mettre en lumière les victimes d’abus sexuels au sein de l’église catholique en leur donnant la parole grâce à l’immédiateté de l’art contemporain. », et qui se veut être « une invitation à la guérison, au dialogue tout en respectant la douleur et la souffrance. », le provençal pinard Château La Coste relooké, Franck Gehry, Jean Nouvel, Othoniel, Sophie Calle, Ai Weiwei, etc. (Tiens, Buren n’est pas encore passé par là !), , risque de perdre ses vertus de sainte piquette… (Le Château Boulaouane et le Saint Sidi Brahim demeurant en revanche breuvages de prédilection des anti-cathos insoumis de gauche).

Mais qu’à cela ne tienne Etienne, cette indécente récupération de l’affaire d’abus sexuels accolée à une marque de médiocre pinard (à consommer avec modération) , risque de ne pas améliorer l’image déjà piteuse de celle-ci. Et si cela peut encourager les adeptes de l’athéisme et du duchampisme radicaux, à boire religieusement de ce liquide de qualité améliorée certes, mais encore douteuse ( et en outre parfaitement inconnu des spécialistes, comme me l’a dit mon caviste préféré), cela ne peut être que ravageur pour la réputation des vins de France, qui avaient jusque – là été préservés du label « contemporain »…celui-là même qui a détruit l’art français.

N.B. : Signalons que Paddy McKillen, l’archi-milliardaire qui a racheté le Château La Coste en 2004, n’avait pas bu une seule goutte de vin jusqu’à ses quarante ans….Et que Matthieu Cosse le vigneron célèbre qui avait été chargé de redresser la qualité du Château La Coste , vient de démissionner, écœuré par les hordes de blaireaux culturels internationaux qui envahissent les lieux.

3. Au Clos du FRAC- Alsace : Ce pinard expérimental contemporain du plasticien émergent Nicolas Boulard (fils de viticulteurs) , est absolument imbuvable et toxique comme il se doit et au nom du cassage des codes viticoles…mais chacun des FRAC de France en a eu droit à une bouteille numérotée…C’est la seule tentative de « vin contemporain » posturo – viticolaire, qui ait été officiellement faite semble-t-il…parallèlement au fiasco de la « cuisine contemporaine » posturo – moléculaire, particulièrement dévastatrice des intestins , elle aussi…

On peut lire ça sur le site du FRAC-Alsace : « Le Clos du Frac est une parcelle viticole sur le site du jardin du Frac Alsace. Ce projet s’inspire de la tradition viticole alsacienne et du puissant trait de caractère économique que représentent le vin et la vigne en Alsace. Le Clos du Frac tend à reproduire en Alsace une parcelle viticole de la région bordelaise, et en particulier de Mouton Rothschild à Pauillac. Par l’utilisation des cépages Cabernet Sauvignon, Cabernet Franc, Petit Verdot et Merlot, Nicolas Boulard reproduit le modèle type du vignoble de Bordeaux. Le geste de déplacer un vignoble bordelais en Alsace n’est pas dénué de sens, puisque toute l’histoire du vin est une histoire de déplacements et de voyages de cépages »….Ben voyons Ginette !