Qui en veut aux saints du calendrier ?

dans Zones occupées

En terre chrétienne, le temps fut toujours traditionnellement rythmé par les fêtes des nombreux saints du martyrologe : un saint pour chaque jour et pour chaque circonstance. Depuis Vatican II, il est bien difficile au chrétien de se retrouver dans le calendrier « officiel » et la république laïque , toujours à la pointe du changement « progressiste » pourrait bien se mêler de ce qu’elle nomme « les fêtes des prénoms ».


Klara Von Kustniz
Klara Von Kustniz

Nos anciens connaissaient le martyrologe par cœur grâce aux bons vieux dictons populaires qui rythmaient la vie des campagnes d’une bonne vieille sagesse populaire issue de millénaires d’expérience :« Qui sème des haricots à la saint Didier en récoltera par poignée » ou « A la saint Arsène, mets au sec tes graines ». Le martyrologe romain ou calendrier perpétuel des saints de l’église catholique, devenu presque introuvable, comporte environ 5000 noms de saints et de saintes et reste la liste officielle éditée en 1958, avant le triste concile Vatican II. Un grand nombre de saints figurent à plusieurs dates, ceux dont la fête comporte un octave ou une vigile, ceux dont la fête se célèbre un autre jour que le jour du décès (appelé jour natal), ceux qui ont une fête secondaire à cause de l’invention ou de la translation de leurs reliques.
La première édition du martyrologe romain date de 1583 et la dernière de 2004, version revue et corrigée et enrichie de 117 noms de saints et saintes canonisés entre 2001 et 2004. Vatican II canonise à tour de bras et a apporté de nombreuses modifications, par souci de « vérité historique ». Nous pouvons citer en exemple l’éviction en 1961 de sainte Philomène, la sainte préférée du saint curé d’Ars et de saint Pie X mentionnée à la date du 11 août et pour laquelle on célébrait la messe des vierges martyres. La Congrégation des rites raya sans vergogne la petite sainte martyre des listes officielles alors que son culte était et est encore très présent dans le nord de la France et en Belgique où on trouve plusieurs chapelles et églises qui lui sont consacrées (Hocquinghen, 62).

Le laïcisme contre les saints

Les plus de vingt ans se souviennent encore du temps où le service public télévisuel français, lors des inévitables séances météo, offrait « l’éphéméride du jour » et rappelait au téléspectateur le saint à fêter. Il y a belle lurette que le service public républicain, par souci de respect de la laïcité, a éjecté les saints de l’éphéméride du jour et se contente, parfois, pas sur toutes les chaînes, de rappeler la fête d’un prénom sans mention de sainteté. Il ne faudrait pas froisser nos amis d’une autre religion. Même le calendrier de La Poste s’y est mis : on n’y mentionne que les prénoms à fêter et rien d’autre. Alors, entre les saints qu’on a déplacés, ceux qu’on a flanqués à la porte comme des malpropres et ceux qu’on a canonisés à toute vitesse en un an, comment s’y retrouver ?
En 2015, le médiateur du Monde avait eu la révélation laïque de  la solution un calendrier laïc qui  inclura des prénoms issus de la « diversité » : Mamadou, Enzo ou Yasmine. Aucun saint ne répondant à ces doux prénoms, nous aurons bien sûr affaire à un calendrier républicain éliminant toute mention de la chrétienté, comme au bon vieux temps de la Terreur où l’on vit les parents, effrayés par la répression ou bêtement endoctrinés, nommer leur enfant « Maratine » (en référence à Marat), « Brutus », « Jasmin Patriote » ou « Chou-fleur » afin d’éviter à tout prix un prénom chrétien qui, en cette merveilleuse époque humaniste, pouvait vous conduire à la guillotine sur simple dénonciation.
Le médiateur du Monde de l’époque, Claude Chiaramonti, s’intéresse donc à l’égalité républicaine et voit dans l’usage des prénoms chrétiens un « communautarisme  exclusif dépassé » et l’inclusion de prénoms issus de la diversité serait au contraire « le résultat des goûts majoritaires des citoyens » et « une mesure d’intégration pour lutter contre l’apartheid. » Selon Le Monde, en 2015, l’apartheid existait en France.
De quoi se mêle Le Monde ? Le poste de Médiateur, créé en 1994, se veut le lien entre les lecteurs et le journal. Près d’un millier de lettres parviennent au médiateur durant les deux ans de son mandat et se sont succédé à ce poste des plumes célèbres comme celle de Franck Nouchi qui après s’être présenté à la succession d’Erik Izraelewicz au poste de directeur des rédactions, occupe actuellement la place de rédacteur en chef des pages Idées-Débats. Au poste de médiateur se substitue actuellement un poste de directeur délégué aux relations avec les lecteurs, occupé par Gilles van Kote.
Il s’agit donc pour le journal de Pierre Bergé, Xavier Niel et Mathieu Pigasse d’approfondir le lien avec les abonnés par une resucée du bon vieux courrier des lecteurs dans lequel Mamadou de Pantin ou Fatima de Nanterre vont pouvoir se plaindre, par exemple, de ne pas trouver leur prénom respectif dans le calendrier. Et le Médiateur de se faire l’écho bien fraternel de toutes les insanités des lecteurs les plus fantaisistes … qui sont moins nombreux que nos Saints !

Derniers articles Zones occupées

Haut De Page