Santons : Raoult s’invite dans la crèche !

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La tradition de la crèche de Noël vient du Moyen Âge. La légende veut que François d’Assise, dont la mère était originaire de Tarascon, ait créé en 1223 la première crèche vivante à Greccio alors que les scènes de la Nativité étaient déjà jouées depuis plusieurs siècles par des comédiens dans les mystères sur les parvis des églises.


Rédaction NSP
    Claude Timmerman

Cette « crèche vivante » s’est beaucoup répandue, et s’est même inscrite dans le cérémonial liturgique catholique de Noël en ce temps-là . Elle a donné naissance à une tradition qui s’est perpétuée au fil des siècles, et rapidement la statuaire s’est développée dans les crèches pour permettre de « conserver la crèche constituée durant la nuit » pour être exposée à la dévotion des fidèles au moins jusqu’à l’Epiphanie.
Les « acteurs » sont alors remplacés par des personnages en bois, en pierre, en cire, en carton-pâte, en faïence et même en verre et seront plus tard miniaturisés.
Les premières crèches ressemblant à celles que nous connaissons font leur apparition dans les églises au XVIeme  siècle,  notamment  en réaction à l’émergence du protestantisme qui reprenait le fanatisme iconoclaste des premiers siècles de l’Eglise byzantine.
En 1561, quarante-quatre ans après la proclamation par Luther des thèses qui affichent sa rupture avec l’Église catholique et sa volonté de « régénérer le christianisme », une vague sans précédent de destructions s’abat sur le Midi de la France, dans les villes dont les protestants prennent le contrôle : Montpellier, Nîmes, Orange, Castres… Les villes sont emportées dans un tourbillon de violence qui abat bâtiments, ornements et objets du culte, mais épargne encore les populations.
Les huguenots montrent déjà leur violence : ils vident les églises, enlèvent et détruisent peintures, sculptures et vases sacrés. Ils incendient les tentures, les livres et les habits sacerdotaux. De maison en maison, les objets de dévotion sont confisqués puis brûlés par des commandos, pendant que les enfants chantent la « gloire de l’Éternel » :
« Ôte la toile de tes yeux
Et reconnais le Dieu des deux
Testaments. Peuple abruti !
Tombe par terre
Tes idoles de bois et de pierre. »
C’est donc tout naturellement dans ce midi provençal en proie au fanatisme protestant que se développera la tradition de la crèche dite ultérieurement « provençale » qui proclamera fièrement dans chaque paroisse l’attachement à la tradition catholique. Les personnages,  au – delà des personnages bibliques de la Sainte famille, des anges et des bergers (et des rois mages) y reflètent la population locale et ses activités rurales et artisanales.
Pour ce faire, un cadre naturel est élaboré : il est constitué pour servir de support à ces personnages qui illustrent les activités, les métiers artisanaux et le cadre de vie de la population (champs, colline, arbres, rivière, pont, moulin, fournil, forge, église, école, voire des maisons, etc.)
La crèche devient une marque d’appartenance et manifestation de fidélité à la France catholique et royale.
La première crèche urbaine, dont on a une trace historique, fut celle créée à Marseille, en 1775, par un dénommé Laurent. Elle était constituée de mannequins articulés vêtus de costumes locaux.
Un auteur, Jean-Paul Clébert, raconte : « À l’époque du Concordat, Laurent montrait même un carrosse qui s’avançait vers l’étable ; le pape en descendait, suivi des cardinaux. »
Ce qui nous montre qu’au-delà de l’aspect strictement religieux, l’illustration de l’actualité s’affichera très rapidement dans la crèche et contribuera à l’évolution de cette tradition.
C’est ainsi que l’on verra apparaître de nouveaux personnages comme le maire, le garde champêtre, le maître d’école, le médecin ou le facteur.
La terreur de 92 fermant les églises et traquant impitoyablement le clergé, les crèches publiques disparurent et les figurines diminuèrent de taille pour constituer des ensembles miniaturisés susceptibles de s’inscrire dans le cadre des logements : les santouns (petits saints).
Le terme sera francisé en santon.
Au cours du XIXeme siècle, s’appuyant sur le renouveau religieux, les santons vont se diversifier et endosser par exemple tous les costumes régionaux.
Mais l’idée de départ provençale était respectée: les personnages étaient par essence anonymes, symboliques d’une fonction, d’un état social, qui participaient à la constitution du peuple venu adorer Dieu naissant dans son étable…
La fabrication s’est aussi mécanisée, utilisant des moules permettant l’élaboration standardisée de séries cuites (en terre ou en porcelaine) et peintes à la file de petits personnages (hauts de 7 cm à 9 cm pour les santons courants).
Un artisanat nouveau s’est ainsi développé.
La crèche de Grignan, est considérée comme la plus grande du monde. Son village, provençal, est composé de plus de quatre-vingts maisons dont la hauteur s’étage entre 1 et 1,20 mètre, construites avec les matériaux utilisés dans la région, pierre et bois, recouvertes de 60 000 tuiles. Elles pèsent entre 50 et 120 kg. La crèche, couvre 1 116 m2, et comporte plus de 1 000 santons.
Le marketing aidant, c’est dans la seconde moitié du XXeme siècle que des personnages à identité apparurent. On peut le regretter en ce que la fonction sociétale et anonyme attribuée au santon s’effaçait au profit d’un rappel culturel incarné par des personnels connus (notamment des acteurs).
Tels furent « santonisés » les personnages de Molière ou ceux Pagnol à commencer par César sous les traits de Raimu…
Cette année deux santonniers du midi, renouant avec la tradition historique d’inscrire dans la crèche des personnages à portée politique, ont créé des santons « épidémiques » consacrés au corps médical, dont un santon dédié à Didier Raoult…


– Le médecin contre la Peste (épidémie de 1720) est muni d’un bâton pour éloigner les malades, d’une cape de protection et d’un masque à bec d’oiseau pour éloigner le visage des patients.
– L’infirmière de la Croix Rouge est masquée en costume de 1890…
– Didier Raoult est représenté avec sa blouse blanche, ses lunettes cerclées et sa fameuse montre à bracelet rouge.
Quand on connaît le lourd passé épidémique de Marseille, son bras de fer sanitaire récent avec Paris et la rivalité entre Institut Hospitalier Universitaire de Méditerranée et les « pontes épidémiologistes» du conseil dit scientifique, on peut comprendre cette idée de la part d’une créatrice locale !
(On peut imaginer la fureur de Carine Lacombe dont les bouclettes blondes ne seront pas immortalisées… C’est vrai qu’avec un masque-bâillon elle aurait pu paraître supportable, au moins en santon.)
Si Fabienne Pardi a mis en vente ses santons inédits à l’effigie du Professeur Raoult au prix de 35 euros, ces derniers sont en outre partis comme des petits pains, si bien qu’ils seraient aujourd’hui en rupture de stock.
Maryse di Landro a fait une démarche similaire en offrant un Didier Raoult sans lunettes ni montre rouge, mais à dix euros et qui lui n’est pas en rupture de stock….
Peut-être moins bien fini, cette figurine-là a pourtant une coiffure sans boucles, beaucoup plus ressemblante à celle de son modèle.
Il y en a donc pour toutes les bourses…
Reste à savoir si, dans l’hystérie laïciste actuelle, les municipalités qui se battent pour conserver une crèche dans le « domaine public » jugeront – comme je le souhaite – opportun de présenter un Didier Raoult…
On imaginerait bien alors la fureur d’un Véran ou d’un Delfraissy…
Pourtant ils ne seront pas absents de la crèche : l’âne et le bœuf ne sont pas si loin du petit Jésus.
Ils en sont même plus proches que n’importe quel santon !…
Le « conseil scientifique » ne serait donc pas oublié!

                                                                                

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