Télémédecine et fraude : les dérives de la téléconsultation médicale

dans NSP Express

Le développement de la télémédecine, plus particulièrement de la téléconsultation, n’aurait sans doute jamais pu connaître un essor aussi rapide sans la crise en cours dont nous savons aujourd’hui qu’elle a essentiellement gâté les prestataires et vendeurs de technologies numériques comme les concepteurs de plateformes digitales couvrant l’ensemble des activités.


Rédaction NSP
Arnaud Raffard de Brienne

Médecins et patients n’ont pas échappé à cet engouement plutôt contraint malgré un effondrement du nombre global de consultations médicales par crainte de contamination, notamment dans les salles d’attente – de -50 à -80% selon spécialités et régions -, tant auprès des généralistes que des spécialistes. Doctolib, par exemple, l’un des poids-lourds du secteur aura réalisé 4,6 millions de consultations pendant la crise et ce sont 1,4 millions de nos concitoyens qui ont tenté pour la première fois un rendez-vous avec leur praticien par écran interposé.

Mais les veinards opérateurs numériques auraient, pour certains d’entre eux et selon la Direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes (DGCCRF) un peu trop profité de la situation au point de se laisser entrainer dans quelques dérives répréhensibles. Le contrôle de 69 opérateurs proposant un service de téléconsultation aura en effet abouti à 12 avertissements et 5 injonctions de mise en conformité, soit pratiquement une structure sur quatre en dehors des clous. La plupart des infractions relevées concernent un défaut d’information sur les tarifs et les horaires mais aussi des pratiques commerciales plus ou moins captieuses mettant en avant, de façon ambiguë, des prestations non remboursables par la Sécurité sociale.

Un système de santé dégradé

La dégradation de notre système de santé observée depuis bien avant la crise du Covid se poursuit et il devient de plus en plus difficile d’en occulter les véritables causes, avouées ou inavouées. Pénurie de praticiens, conséquence, entre autres, du numerus clausus, difficulté à rencontrer son médecin, délestage abusif vers les urgences saturées des hôpitaux, accueil téléphonique souvent médiocre, baisse du niveau des praticiens, due en partie mais sans doute pas seulement aux équivalences attribuées à des diplômes étrangers de valeur douteuse, restrictions budgétaires d’un système en faillite pour prétendre depuis trop longtemps soigner la terre entière au détriment des cotisants…

Il semble difficile d’imaginer que la banalisation de l’entretien médical à distance contribue à revaloriser la pratique médicale. Anamnèse, l’entretien préalable avec le médecin, souvent trop superficielle et quasi-disparition de l’examen clinique s’appuyant sur les cinq sens du médecin, pourtant véritable clef de voûte de l’acte médical et préalable à tout diagnostic sérieux, semblent préfigurer l’avènement d’une médecine de plus en plus éloignée du patient, virtuelle même.

Le sujet est à ce point sérieux que l’Ordre des médecins a jugé utile de rappeler qu’une pratique reposant uniquement sur une approche de type télésanté ne peut être acceptable. En écho, le ministère de la Santé sermonne des médecins un peu trop enclins botter en touche vers les urgences après avoir refusé d’examiner leurs patients. Un comble.

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