Vers le sabordage d’Anticor ?

dans Tour d'horizon

Anticor a été fondée en 2003 « contre la corruption, pour l’éthique en politique » d’après sa devise. Pourtant, neuf de ses administrateurs débarqués ont engagé une procédure devant le tribunal de Paris pour contester la récente révocation du Conseil d’administration. Et ce n’est pas tout.


Rédaction NSP
Thierry de Cruzy
La crise a débuté en janvier 2020 quand 10 administrateurs contre 11 votaient la création d’un groupe de travail visant à traiter plusieurs sérieux dysfonctionnements (conflits d’intérêts entre les cadres et leur engagement politique, statuts flous et contradictoires, déséquilibre décisionnel entre le Bureau et le CA, opacité des dons). Deux jours après, la “providentielle” démission du président, Jean-Christophe Picard parti rejoindre une liste municipale EELV à Nice, donne l’occasion au Bureau d’organiser une élection dématérialisée du CA en juin, sans attendre le délai statutaire de mars 2021. Résultat, les opposants sont éliminés et la nouvelle présidente, Elise Van Beneden, propose une réforme des statuts en vue, d’après Alain Bressy, magistrat pensionné et administrateur débarqué : « de réduire les obstacles pour les cadres qui veulent faire de la politique, de continuer l’opacité de la pratique des dons tout en introduisant une dose de salariat pour certains membres du CA, de se jouer de la transparence avec un règlement intérieur fantôme, de permettre aux membres du Bureau de cumuler leur mandat dans le temps et, partant, de démontrer le maintien de la prééminence du Bureau sur le CA ».

Transparence ?

La transparence n’est plus à l’ordre du jour chez Anticor. Interrogée le 20 mai 2020 devant la commission de l’Assemblée nationale sur « les obstacles à l’indépendance du pouvoir judiciaire », la nouvelle présidente d’Anticor ment au député Bruno Questel. Au député elle dit qu’elle ne connaît pas les donateurs, à la presse elle dit qu’elle ne donnera pas leurs noms.

Même l’élection du nouveau CA est contestée. Claude Bigel, rapporteur aux comptes, membre du comité d’éthique et récemment révoqué, explique qu’un des administrateurs a participé au vote sans être à jour de cotisation. Cette élection a été organisée par Christophe Grebert, nommé ensuite au comité d’éthique pour ensuite démissionner de tous ses postes sans explications.

Ces “maladresses” interviennent au moment où Anticor sollicite le renouvellement de son agrément, avant le 2 février. Il devait passer par le Garde des Sceaux, mais la procédure lancée contre lui par Anticor a fait monter la décision au Premier ministre. La nouvelle direction voudrait saborder son organisation qu’elle n’agirait pas autrement. Sauf qu’en France, il n’existe que deux autres associations anticorruption disposant d’un agrément, Transparency France et Sherpa.

Ça tombe bien, Eric Alt, vice-président d’Anticor et ancien vice-président du Syndicat de la magistrature, est aussi membre du CA de Sherpa. Il s’était opposé à une procédure contre Mélenchon en 2018.

En janvier 2021, on retrouve Elise van Beneden avocate et administratrice de Blast, la nouvelle webtélé lancée par Denis Robert. En septembre dernier, il a été débarqué de la direction de la rédaction de Le Média, car trop proche de Mélenchon. Blast reçoit aussi des dons conséquents : 300 000 € en moins de 10 jours ! A quinze mois de la présidentielle, ça sent la mobilisation. Pour Bressy, « on doit être exemplaires. Soit on fait de la politique, soit on est à Anticor ».